Après une journée de pause bien méritée à Valencia chez mes copines Argentine Maria et Pili, je troque Alejandro contre Joanie (non sans un petit serrement au cœur, parce qu’à chaque fois, je m’attache à mes intérims), et le Tant d’aime continue sa route en Espagne en direction d’Almeria.
Les paysages sont bien vallonnés et pour un premier voyage à vélo, Joanie se débrouille comme une vraie belle gosse ! Sur la première journée, elle grimpe le premier col de sa vie (puis le deuxième, le troisième et le quatrième hihi). Un peu d’émotion aussi pour les premières descentes ! “Ah mais ça fait ça” qu’elle me dit “Ca fait un peu peur mais c’est trop chouette !”. Comment me rappeler mes premières descentes de col, ce mélange d’excitation et d’appréhension ? “N’oublie pas que toi tu viens de Savoie et moi des Landes” me dit-elle !

C’est dans ces paysages accidentés, recouverts de garrigue que nous nous arrêtons le premier soir planter la tente là où, il y a 200 000 000 d’années, différents dinosaures étaient passés par là. Difficile de se dire qu’à l’époque, c’était le bord de la mer alors que l’on se trouve désormais à près de 400m d’altitude ! En tout cas, en attendant, on est bien contentes de ne se faire réveiller la nuit “que” par des sangliers !


Le soir, avant de nous endormir, nous lisons à tour de rôle un chapitre de Don Quichotte (ma mère, cette grande âme, m’a offert pour Noël, un livre par pays que j’allais traverser, qu’elle a ensuite chargé sur ma liseuse. Elle aussi a les mêmes, histoire que l’on puisse en discuter après. Mais bon, le premier bouquin fait déjà 1850 pages, alors autant vous dire que c’est chaud, surtout après nos grosses journée de vélo ! Fin de la parenthèse).
En tout cas, même si Cervantès est très raciste, on peut dire que c’est un féministe d’avant garde et ces lectures du soir nous mettent bien dans l’ambiance pour les paysages semi-désertiques que nous croisons par la suite. De grands plateaux, un peu de vignes, un peu de vergers, mais aussi de belles bâtisses éparses, blanches, entourées de grands arbres qui auraient sûrement pu voir passer Don Quichotte (mais pas les dinosaures hihi).

Enfin, tout ça c’était sans compter qu’un passage à gué aux allures pourtant inoffensives, met fin prématurément à nos épopées littéraires : on passe un peu vite, on lève les jambes en rigolant et patatra on s’étale de tout notre long dans la rivière. Le béton, couvert d’algues, ne nous a laissé aucune chance… Séchage forcé de toutes nos affaires, dont l’intégralité de ma sacoche avant, transformée en baignoire. Heureusement, il fait chaud ! En plus d’un passeport tout gondolé, d’une tâche de vin sur la moitié de la figure et d’un tampon de visa quelque peu délavé, ma batterie externe a rendu l’âme (malgré avoir tenté de la ressusciter en la plongeant dans le demi kilo de riz qu’il nous restait), idem pour le chargeur… Et pour la liseuse qui refuse catégoriquement de changer les pages 🙁

Nous laissons donc le souvenir de Don Quichotte dans la rivière et continuons notre route dans une Espagne plus agricole, au sud, les amandes remplacent les oranges. La terre est sèche et les paysages semi-désertiques. Mais cette année fait exception : les pluies ont été abondantes, et le désert s’est couvert de par-terres de fleurs tantôt jaunes, tantôt roses, tantôt blanches, tantôt tout à la fois, c’est magnifique.


Entre nos nuits en camping sauvage, nous sollicitons également quelques warmshowers, l’occasion toujours, de faire de belles rencontres et de rencontrer des cyclistes ma foi fort différents ! A Barinas, après 2km d’un chemin bien raide, grand portail gris, on sonne et quelle n’est pas alors notre surprise de découvrir Corinne, très élégante dans sa robe rose moulante (on aurait dit un bonbon selon Joanie), Philippe, et leur belle maison en bois flambant neuve, perchée au milieu des oliviers avec piscine et vue panoramique. On passe une super soirée avec ce couple de français, la 60aine, qui s’est installé ici depuis peu, après avoir passé 6 ans à voyager en bateau et en vélo sous les tropiques. Difficile pour nous de les imaginer dormir sous la tente et pédaler en Bolivie sur des vélos Brompton en tirant une remorque (si si !), franchement, chapeau bas !


Ne pas se fier (que) aux apparences ! C’est aussi la leçon que l’on tire de notre insolite rencontre avec Juan Pedro. Au détour d’un virage, on voit voler au loin un groupe d’oiseaux de toutes les couleurs, c’est bizarre, on dirait des pigeons ! On s’arrête et on découvre l’art de la colombiculture, à priori connu dans le sud de l’Espagne. Juan Pedro nous explique qu’il en a environ 200 et qu’ils les repeignent tous les ans un savoir faire qui se transmet de génération en génération dans sa famille depuis plus de 80 ans ! 199 mâles qui suivent une seule femelle en tentant de capter son attention, pas très metoo friendly cette affaire… C’est en tout cas le comportement que leur apprend patiemment Juan Pedro depuis qu’ils sont poussinets, les entrainant ainsi pour devenir des champions de concours !


L’Espagne, c’est aussi le pays des coureurs cyclistes, et pour dire, nous en croisons des quantités astronomiques, 99% de la gente masculine par contre ! Leurs beaux vélos font des bruits de moustiques (dixit Joanie) quand on les croise en descente, contre un bruit de cigale (ayant chanté tout l’été !) pour le tandem. A Banos de Mula, Kiko, notre second warmshower, a même appris à faire du vélo avec Luis Leon, un méga champion espagnol, vainqueur de 4 étapes du Tour de France quand même…

Il y a de ces endroits que l’on sait pertinemment qu’on ne les oubliera pas, Banos de Mula en fait partie. Kiko nous reçoit comme des cheffes dans son resto avec une paella végétarienne mémorable, mais la cerise sur le gâteau reste la maison d’en face qu’il est en train de retaper, avec la piscine alimentée en continu par de l’eau thermale à 39°C ! Nous en profitons pour faire une journée de pause et partir visiter Murcia qui se prépare pour la Semana Santa.

Les jours suivants, nous continuons notre route vers le Cabo de Gata, magnifique cap sauvage à quelques dizaines de kilomètres de notre destination finale, Almeria.

La mer pointe le bout de son nez à l’arrivée de notre dernier col. La mer ou plutôt les mers, la célèbre mer de plastique : des serres à perte de vue pour approvisionner l’Europe entière en légumes. Je vous laisse taper Almeria sur la vue satellite de Google maps, c’est juste impressionnant… Au-delà des quantités astronomiques de plastique qui sont emportées dans la mer lors des grosses pluies (90% des plastiques sont recyclés, selon la junte des producteurs, mais que deviennent alors les 10 autres pourcents ?!?!), ce sont aussi des travailleurs et travailleuses qui vivent et travaillent dans les serres. Beaucoup doivent même débourser des sommes importantes pour “acheter” leur contrat et pouvoir ainsi demander une résidence en Europe.

Sur les derniers jours, le talon de Joanie commence à tirer un peu, mais santemagazine.fr conseille de… privilégier le vélo ! C’est donc avec un brin d’émotion que nous pédalons ensemble ces derniers kilomètres en Espagne. Ce soir, je prendrai le bateau et je me réveillerai en Algérie ! Mélange d’excitation et d’appréhension qui me fait penser à cette même traversée vers le Maroc avec Lucia il y a déjà plus de 11 ans !
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