Pour cette deuxième traversée, mon oncle m’accompagne jusqu’à l’embarquement. Au militaire armé jusqu’aux dents qui m’agresse pour que je passe toutes mes affaires au scanner, mon oncle répond avec le plus grand calme du monde “mais tu sais que tu t’adresses à une star là !”. Et il commence son sketch de commercial méga-rodé : “c’est ma nièce, elle est venue de France en vélo et elle va traverser 15 pays !”. Cinq minutes après, le gars impressionné me dit “si tu as besoin de quoi que ce soit ici, n’hésite pas, tu m’appelles !”. Désamorcer les tensions est un véritable don, mon oncle en est doté.
Cette fois, pour quelques euros de plus, j’ai le droit à une cabine 4 étoiles et j’en profite pour rattraper ma mère dans notre marathon de bouquins à la liseuse. Cette traversée de luxe me coûte 70 euros, soit 20 fois moins que la même traversée dans un bateau gonflable pour un migrant… Liberté, égalité, c’est ça qu’on avait dit ? De fait, à l’embarquement, les contrôles sont beaucoup plus nombreux, toutes les voitures inspectées, dedans, dessous et les passeports contrôlés au moins 10 fois. Rien à voir avec la traversée dans l’autre sens.

Une fois arrivée à Palerme, je profite de la journée pour reconstituer l’intégralité de la popote oubliée malencontreusement à Tunis. Et moi qui était hyper fière de n’avoir rien oublié en plus de deux mois de voyage, pas même un bouchon d’oreille ! Fin de l’exploit. Heureusement, grace au super magasin chinois, en 1h tout est réglé pour la modique somme de 30 euros !
Le soir, je retrouve Eleana et Nino à la gare et on repart pour une traversée de la ville à 23h, Nino sur le porte bagage et son vélo sur mon dos, au plus grand désespoir d’Eleana qui sent très fort que le plan foireux est en train de commencer. Eleana c’est ma meilleure pote du lycée, c’est d’ailleurs la première intérim avec qui j’ai déjà voyagé à vélo ! La dernière fois c’était il y a quinze ans, mais depuis elle n’est plus seule… Depuis Nino est arrivé et on a décidé de l’embarquer dans l’aventure. Un vrai défi pour un petit garcon de 4 ans qui a fait ses premiers tours de pédale… la semaine dernière !

Quand on s’est décidées, quelques semaines avant le départ du Tant d’aime, on avait repéré le système follow me qui nous paraissait disposer de plusieurs avantages :
– Pouvoir décrocher le vélo de Nino facilement pour qu’il puisse en faire tout seul de temps en temps (spoiler alerte : le combo plat + petite route ne s’étant présenté que sur 2km pendant toute la traversée de la Sicile, nous n’avons pu expérimenter cette configuration qu’une seule fois).
– Accrocher le système sur la roue arrière du tandem et non pas sous la selle, nous permettant, en plus des 4 sacoches, de garder un gros sac à dos à l’arrière pour les affaires… Pas de trop pour 3 personnes !
Je me mets donc à la recherche dudit système : neuf, beaucoup trop cher, rien sur le bon coin… Je tente donc ma chance en envoyant un message à tous les warmshowers (communauté de cyclistes accueillant d’autres cyclistes de passage, une sorte de couchsurfing de cyclistes quoi) chambériens ayant une photo de profil avec des enfants. Bingo ! Deux jours après, je reçois une réponse positive de Bastien qui racontera plus tard à ma mère : “quand je suis arrivée en région chambérienne, j’ai trouvé un livre dans une boite à livre qui racontait l’histoire d’une famille partie voyager à vélo avec leurs trois enfants… Et ca m’a trop motivé à faire la même chose. Du coup quand j’ai reçu le message, j’ai vu Mercat + Voyage à vélo et je me suis dit, c’est la petite fille du livre, il faut que je l’aide à mon tour !”
Et c’est comme ça que l’on a eu la chance de récupérer un follow me pour notre traversée, gracie Bastien ! Deux jours avant le départ, on teste ça tous les trois, juste un peu pour vérifier que ça marche, pas trop pour ne pas risquer de se démotiver… Rendez vous à Palerme !




Palerme
Moi qui pensais passer 10 jours tranquilles, je suis ser-vie ! On attaque par une journée avec 900m de dénivelé positif à tirer un vélo de plus de 200kg dans des pentes de parfois 20% et je termine le soir après 40km encore plus fatiguée qu’après en avoir fait 10 fois plus cet été avec mon frère ! On a beau retourner la carte dans tous les sens, pas moyen de trouver un itinéraire un peu plus plat, c’est parti pour 10 jours comme ca !

Je sens qu’en lisant ces lignes vous vous dites, mais Maylis, embarquer un petit garcon de 4 ans dans une traversée de la Sicile, c’est un vrai plan Mercat, non ? Peut être… Tu n’avais pas chéqué le dénivelé ? Si si… Et tu as décidé de minimiser l’affaire pour convaincre Eleana de venir quand même, c’est ca ? Chuttttt ! (La vérité vraie, je ne pensais quand même pas que ce serait aussi dur).

Enfin, les petites routes sinueuses offrent tout de même des récompenses ! Les paysages sont magnifiques et on est pas trop embêtés par le traffic. Quand on vous parle de la Sicile, vous pensez peut-être à ses belles plages, ou à ses ruines romaines, nous on retiendra ses lacs et ses rivières qui nous offrent des pauses parfaites et des bivouacs de rêve. Après un mois passé à dormir en dur, je retrouve avec plaisir les longues nuits en tente.


Quand ça grimpe trop, on change le réglage de radio-tandem et on écume toutes les histoires gratuites de dinosaures et de dragons sur spotify (les plus longues possibles s’il vous plait !!). Nino, grand fan des dinosaures, est en effet un vélociraptor doté d’une griffe retractile capable de causer de sérieuses blessures (attention) et à la question “quel dinosaure tu es ?”, il n’est jamais très satisfait quand je réponds que je suis un gros diplodocus tranquille (inutile de parler de végétarianisme, les carnivores féroces, c’est la classe !)

Avec un petit garcon de 4 ans derrière le Tant d’aime, on a la cote ! Et Nino est pro pour se faire des copains à toutes les pauses, il joue avec les enfants, se fait offrir des bonbons, discute avec les vieux le plus naturellement du monde. Un soir, en arrivant au bord d’un lac, il s’intègre en quelques minutes dans la famille de pêcheurs et participe activement au relâchage de la quarantaine de poissons (un peu abimés quand même…) pêchés dans la journée.



Sur le chemin, on compte les lézards (ancetres des dinosaures, ou descendants, il ne sait jamais trop), les chats écrasés (heureusement il n’y en a pas autant), les corbeaux se transforment en gypaètes barbus, l’argile craquelé en traces de dinosaures, les coquillages en fossiles et les bouts de bois en queues de stégosores (si si si !).

Quel plaisir le soir de lui apprendre à planter la tente, à pomper au réchaud, à cuisiner, à gonfler le matelas et à partager avec lui tous ces petits plaisirs qui remplissent le quotidien du cycliste comme de se baigner tout nu dans la rivière, de faire des cache-cache dans une maison abandonnée ou de faire pipi sur le feu le soir en partant se coucher. Je nous revois mes frères et moi, avec tant d’énergie en arrivant (alors que 30 minutes avant on répétait pour la quinzième fois qu’on était beauuuuucoup trop fatigués pour avancer !) et j’adore le compte rendu quotidien de ses découvertes qu’il fait tous les soirs à son père, en mélangeant ce qu’il a fait aujourd’hui, hier, le mois dernier, et ce qui se passe seulement dans sa tête !

Bon, voyager avec un petit garçon, c’est aussi… S’arrêter pour faire pipi alors qu’on vient de redémarrer depuis 200 mètres. Le petit “j’ai faim” alors que le midi il était trop occupé à jouer dans la rivière et les grosses colères pour s’arrêter encore une fois (chapeau bas à mes parents qui ont géré ca x3 !)… Me voici de l’autre côté du tableau, mais je connais encore les techniques !

Et puis à force d’enchainer montées et descentes, cols et lacs, on l’aperçoit enfin ! Le fameux Mt Fuji de la Sicile… J’ai nommé l’Etna ! Il est beau avec son manteau blanc qui culmine à près de 3300m d’altitude et sa fumée qui s’échappe sans discontinuer du sommet. D’abord de loin, petit à petit on se rapproche jusqu’à arriver à son pied.

Depuis le début, on avait promis à Nino de visiter une grotte. Avec ses 250 grottes de lave, l’Etna nous facilite grandement la tache ! En coulant, la lave en surface sèche plus vite et en dessous, la lave encore liquide continue de couler, laissant ensuite place à de véritables tunnels parfois longs de plusieurs centaines de mètres, parfaits pour des spéléologues en herbe.

Par contre, sorry Nino qui s’imagine déjà des tas de dinosaures ensevelis sous les coulées de lave de l’Etna, mais :
– Les coulées de lave de l’Etna sont très trèèès lentes, de l’ordre de quelques dizaines de mètres par heure
– Et puis de toutes manières, l’activité du volcan a commencé “seulement” il y a 500 000 ans soit légèrement après l’extinction des dinosaures il y a 66 millions d’années…. Mais bon, il faut beaucoup de mains pour compter tout ça !

Et puis à force de grimper des côtes toutes plus raides les unes que les autres et à le regarder grossir petit à petit, on s’est chauffées “vient on monte l’Etna à vélo !”. En haut de la route, il y a un refuge à 2000m et après on continue à pied !”. C’était une bonne idée mais….
– Le refuge d’en haut s’avère être un hotel 4 étoiles à 180 euros la nuit
– Eleana, en dépit de toutes ses affaires totalement proscrites de la liste, a décidé d’embarquer un mini sac de couchage +15°C, vous savez, celui que vous prenez l’été dans vos sacoches, tentés parce qu’il prend vraiment moins de place que l’autre, tout en sachant pertinemment que même sur la plage vous allez passer une mauvaise nuit ! On se l’alterne donc une nuit sur deux mais de là à dormir en tente à 2000…
– C’est en théorie interdit de dépasser 2500m d’altitude sans guide (aucune idée si ca controle ou pas)
– Découvrir l’existence de l’option bus a siphonné le reste de motivation de Nino
Le ciel, la lune et les étoiles alignées nous ont finalement envoyé un signal sans équivoque quand on a eu nos règles en même temps ! Notre ascension se termine donc par deux énormes boules de glace à 700m d’altitude avant de redescendre vers Catane. Heureusement, parce qu’en arrivant, mes plaquettes de frein ont fini par rendre l’âme, mais arrête de freiner dans les descentes me dirait mon ami Corentin !

Mais bon, sans rancune, au vu des centaines d’heures passées à m’étriper avec mon père et mes frères au Colons de Catane (je laisse ma mère, meilleure joueuse de la famille, en dehors du coup), je ne pouvais quand même pas passer si proche sans faire un tour dans cette ville ! Il faut dire que la Sicile, avec du mouton, du blé, des forêts, de la terre argileuse et de la pierre volcanique, remplit toutes les cases du fameux jeu hexagonal qui a marqué mon enfance. Monopole de blé ! Route la plus longue ! C’est comme si on y était…

Nous monterons donc finalement en bus à l’Etna et participerons donc (un peu) à cette véritable industrie touristique qui gravite autour, à grands coups de quads, d’un téléphérique, de bus 4×4 à 55 euros pour monter 400m. Mais bon, l’Etna sera toujours là quand Nino sera plus grand !

Allez, je vous laisse, il a terminé de montrer son livre de dinosaures à tous les voisins du camping en mimant les caractéristiques des herbivores vs carnivores, on part à la recherche des crabes entre les rochers basaltiques !

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