🌐

Entraînement pour le Sahara

Entraînement pour le Sahara

Après les quinze jours passés avec la Mouteur, je continue l’aventure familiale avec ma petite cousine Maya qui me rejoint à Varsovie. A 17 ans, Maya a déjà une bonne expérience du tandem, puisque comme moi, elle a fêté ses 10 ans, en voyage à vélo avec ses parents et ses frères et sœurs en Amérique du Sud. Tois tandems, quatre enfants, un chien qui court à côté, je vous laisse imaginer l’épopée !


De plus, avantage non négligeable, Maya n’a pas eu besoin de Duolingo pour parler Polonais couramment ! Sa maman est polonaise et ne lui parle que Polonais depuis petite. Avec son bac en poche, Maya a décidé de faire ses études dans son deuxième pays à partir d’octobre. Cette semaine, j’aurai donc la chance de voyager avec une véritable traductrice officielle, à la découverte de Varsovie et Gdansk où elle met pour la première fois les pieds.

Le pierogis de ma nouvelle intérim

Nous sortons de Varsovie aussi facilement que nous y sommes rentrées, par de belles pistes cyclables très bien pensées. Au Nord, le paysage agricole laisse place à de nombreux lacs et forêts. Dans la région des lacs, nous posons la tente à quelques mètres de l’eau.

Bivouac au lac Lanskie

Dans les prés, les vaches broutent paisiblement, les moissonneuses batteuses terminent la récolte, et derrière elles, cigognes et grues cendrées attendent, prêtent à gober les petits rongeurs effrayés.

Si vous faites un effort, vous apercevrez les grues cendrées !

La semaine passée, Maya a marché pendant 8 jours, accompagnée d’un groupe d’une trentaine de pèlerins de tous âges, en direction de la Vierge Noire de Czestochowa. C’est le pèlerinage le plus connu de Pologne et des groupes partent de toutes les régions pour s’y rendre début août. Au delà du Polonais parfait de la couz’, la religion catholique étant laaaargement plus présente dans le quotidien des polonais que chez nous. Evoquer le pélerinage est pour nous un véritable passeport auprès des personnes que nous rencontrons. Un soir, alors que Maya part en éclaireuse pour demander de l’eau (c’est super dur de trouver de l’eau sur l’espace public en Pologne), nous sommes invitées à planter la tente chez Teresa qui se transforme très vite en notre mamie pour la soirée.

Avec Teresa

Elle est accompagnée de M. Jan, son prof de musique et “ami”, nous précise t’elle en chuchotant dans le couloir des toilettes, “je suis veuve depuis 15 ans, M. Jan depuis 8 et il vient tous les après midi pour m’enseigner le piano”. Ce besoin de précision nous fait sourire, ton ami, ton ami… on n’est pas des lapins de trois semaines Teresa ! “M. Jan et moi, on est dans le même groupe de musique, avant je dansais, mais maintenant j’ai mal aux jambes alors je me suis mise au piano il y a quelques années”. Avec leur groupe, ils enchaînent les concerts de folklore Polonais dans toutes les fêtes de village du coin. On a même le droit à une démo. Ses doigts hésitants courent sur le synthétiseur réglé en mode effet quatuor à cordes ou groupe de cuivres pour reproduire les plus grands classiques du pays. Peu satisfaite de sa prestation, elle rouspète, M. Jan lui passe tendrement la main dans les cheveux et repart chez lui après un court baiser sur le front. Toujours prête à lâcher une blague, Teresa nous fait à manger parce que vraiment, on est toutes les deux “maigres comme un petit doigt !”, Maya traduit mes 1001 questions sur sa vie.

Teresa et M. Jan

Retomber amoureuse à 70 ans, continuer à apprendre, encore et toujours, s’accompagner différemment selon les âges, Teresa, le sourire aux lèvres, est une belle leçon de vie. En échange, nous lui entonnons “La Tendresse”, en mémoire de notre mamie à nous 💜.


Quand on vient lui souhaiter bonne nuit, on la retrouve au piano, “je refais ce que j’ai mal joué tout à l’heure, c’est la seule façon pour que je puisse dormir tranquille !”. Le lendemain, son fils est parti à l’aube pour le pèlerinage, et nous, nous continuons notre route les sacoches pleines de tomates et de concombres du jardin de Teresa, et le cœur gonflé de ces belles rencontres que le voyage à vélo nous offre.

Teresa nous montre les photos de son groupe

La plupart du temps, nous pédalons sur de très petites routes ou chemins non goudronnés, recouverts de pavés ou… de sable ! En effet, le sable est omniprésent en Pologne, du Sud comme au Nord avec même quelques déserts, des dunes et tout et tout. En tandem, ça n’est pas le top mais nous essayons de maintenir l’équilibre le plus longtemps possible, en faisant des dérapages plus ou moins contrôlés en descente et en poussant en montée. Vous souhaitez vous entraîner pour la traversée du Sahara tout en profitant de l’ombre des grands pins et d’un petit plouf le soir ? N’hésitez plus, la Pologne est votre destination idéale !

Vive le sable polonais !

Sur la route, Maya m’explique la signification de tous ces codes wifi, parce que oui, entre “petites poulettes”, “chêne sec” ou encore “endroit plein de tiques”, les Polonais sont assez créatifs dans leurs noms de villages ! Églises de briques rouges, maisons de briques rouges, chateaux de briques rouges, décidément, les polonais kiffent la brique rouge… Et là, au détour d’un chemin de terre… un petit vendeur de limonade tout à fait professionnel pour son jeune âge.

Un petit vendeur de limonade

Malgré le sable et les pavés, nous atteignons plus vite que prévu la troisième mer de ce voyage. Un petit ferry nous amène de l’autre côté de la Lagune de la Vistule, sur une fine bande de terre, large d’à peine un kilomètre. A l’Est, Kaliningrad, cette enclave devenue Russe après la seconde guerre mondiale, à l’Ouest, la belle piste cyclable entre les pins qui nous mènera demain jusqu’à Gdansk. Mais en attendant, nous jouons dans les vagues, surprises par la très faible salinité de l’eau (5 fois moins que la Méditerranée !).

Arrivée à la Mer Baltique !
La belle piste cyclable en direction de Gdansk

A Gdansk, nous sommes reçues dans le bel appartement de Basia, la mère de mon amie Eleana (la maman de Nino le vélociraptor à la griffe retractile pouvant causer de sérieuses blessures) situé en plein centre ville. Me reviennent les souvenirs de mon dernier passage il y a 15 ans, au terme de cette folle épopée en vélo de course pour rendre visite à Eleana, partie faire ses études dans son deuxième pays. 8 longues journées de 250 à 300 km dans la roue du père qui finit par m’abandonner au sud de la Pologne, les fesses trop rapées pour continuer à poser son séant sur la selle. Ma traversée du pays en solitaire à 18 ans, à m’arrêter à 22h pour dormir dans des hôtels pour routiers. Alalala c’est plus de mon âge tout ça !

Gdansk

En tout cas, la ville a bien changé depuis 2011 et c’est avec plaisir que je la redécouvre avec la couz’ ! Après avoir été une “ville libre” entre les deux guerres, Gdansk est, comme Varsovie, détruite à plus de 80% après la seconde guerre mondiale. Mais cette fois, ce sont les soviets et non pas les nazis qui font pleuvoir les bombes en 1945. Les vitraux de la plus grande cathédrale en briques du monde sont restés blancs, en mémoire de cette tragédie. Le centre à ville est quant à lui élégamment reconstruit avec des façades pastel toutes plus belles les unes que les autres.

Gdansk c’est aussi les chantiers navals, 17000 ouvriers en 1970 et un bateau qui en sortait tous les 15 jours ! Chantiers navals qui voient naître les révoltes contre le régime communisme et les hausses de prix. D’abord réprimées en 1970, les grèves finissent par aboutir à la création du mouvement Solidarnosc qui, avec à sa tête Lech Walesa, fait trembler l’URSS et les pays membres du pacte de Varsovie en 1980. Pendant un an et demi, les ouvriers, insufflent un vent de liberté à tout l’Est du rideau de fer en négociant leurs droits (de grève, de création de syndicats libres, de libération des prisonniers politiques, etc.). En décembre 1981, le coup d’état interdit le mouvement, mais il est trop tard, Solidarnosc s’est organisé et compte plus de 10 000 000 de membres.

En 1989, la Pologne met fin pacifiquement au régime communiste, un exemple pour de nombreux pays qui suivront la même année et les années suivantes (pas tous aussi pacifiquement malheureusement, si vous vous souvenez de la Roumanie… #révisions). Les frontières s’ouvrent et Basia et son amie Hania peuvent enfin circuler librement et découvrir le reste de l’Europe. Hania, super boss d’hyper marché à la retraite et fan de puzzle parle un français parfait, elle m’a gentiment invitée à manger ce midi.

Avec Hania

A Gdansk, nous rencontrons également Ewa, membre de la communauté bike polo. Avec une centaine de membres par pays, le bike polo est un petit monde dans lequel j’ai eu la chance d’entrer l’année dernière à Bordeaux. 3 vélos contre 3 vélos, casque intégral et gants de hockeyeurs, armés d’une crosse pour diriger la balle, les deux équipes, le plus souvent mixtes, s’affrontent lors de matchs de 12 minutes dans un vrai spectacle de danse sur deux roues (pas pour moi, hein, pour les meilleurs joueurs héhé !). En Pologne, il y a pas mal de groupes, et celui de Gdansk jouait dans un tunnel désaffecté jusqu’à l’année dernière, après une âpre bataille avec la Mairie pour disposer d’un terrain.

Avec Ewa

Le midi, entre deux visites, nous mangeons dans des Bars Mleczny (littéralement bars à lait) qui, depuis l’époque communiste, proposent des repas à moindre coût (genre 2 euros pour une soupe) avec tout plein d’options végétariennes super bonnes. Après en avoir essayé un à Varsovie, sur recommandation de notre hôte warmshower Damian, celui de Gdansk devient notre QG et nous goûtons à tous les plats possibles, dans une ambiance de salle d’attente (ou de loto), où chacun se lève à l’annonce de son numéro pour venir récupérer ses plats au fur et à mesure. J’en profite à fond avant les cafés à 8 euros en Suède ou en Islande…


Je passe ma dernière journée de ce côté-ci de la mer Baltique à pédaler sous la pluie à tour de rôle pendant exactement 12 kilomètres avec chacun des membres de la branche franco-polonaise de la famille Mercat, qui en profitent pour découvrir eux aussi le Nord de la Pologne à vélo.

Une belle brochette de cousins !
Rien de mieux que 3min de Macarena pour se réchauffer !

Et me voilà à bord de ce 5ème ferry en direction de la patrie des meubles IKEA, prête pour cette nouvelle étape, à l’endroit exact où, le 1er septembre 1939, les troupes allemandes envahissaient la Pologne et sonnaient ainsi le glas de la deuxième guerre mondiale. Mais ce soir, les ambitions sont tout autres : dépenser mes derniers zlotys pour boire une grande bière, en essayant de ne pas écrire trop de bêtises sur le blog ! Les polonais, eux, en profitent jusqu’au dernier moment et s’enfilent les demis même pour le petit dèj !

Parfait pour écrire des bêtises sur le blog !


Discover more from Tant d'aime

Subscribe to get the latest posts sent to your email.