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Au bord de la plaque

Au bord de la plaque

Après 5 jours passés sur les Féroé, nous remontons donc à bord du Norrona pour continuer notre périple vers l’Islande. Par chance, la traversée est beaucoup plus calme cette fois-ci.

Au revoir les Féroé !

Coco ayant renouvelé la quasi intégralité de sa garde robe aux Féroé, nous cherchons à dissimuler un plein sac à cabas d’affaires (bon d’accord, il y en a aussi quelques unes à moi…). Comme il n’y a qu’un seul bateau, on se dit que le plus simple reste encore de cacher le sac dessus. Nous tentons l’appropriation discrète d’un casier de consigne, pas tout à fait prévu à cet effet, pour la modique somme de 10 couronnes Danoises, avec un peu de chance, on le retrouvera au retour ! Pendant notre tour de l’île, la petite Marmotte aura donc le temps de faire 3 allers retours Islande/Danemark. Quand on s’ennuie, on pense à elle et on checke sa position sur l’application Smyril Line hihi !

Bon voyage petite marmotte !

Étant donné la météo “plutôt” favorable des premiers jours, nous décidons de commencer notre tour par le Nord, réputé plus rude et froid que le sud qui lui profite de la chaleur torride du gulf stream (on vous confirmera ça la semaine prochaine). Toujours est il que l’île porte bien son nom de caillou gelé. En une semaine, nous ne dépassons pas la barre des 10°C. Difficile à croire que nous sommes sur le même hémisfère que la France à 35°C, sous le coup d’une énième canicule. On pédale sous la pluie froide en pensant à la douceur des après midis à lire auprès du feu et autres plaisirs de la vie sédentaire. On se dit que vraiment, là, personne ne voudrait être à notre place… Mais on se ravise rapidement, il y a aussi les personnes en prison, à l’hôpital ou dans un pays en guerre… Finalement on est bien à pédaler sous la pluie, et puis comme dirait mon frère, on l’a bien cherché !

Mais cela dit, on est beaucoup mieux préparés pour la pluie qu’aux Féroé : Coco a complété son attirail waterproof par l’acquisition de gants mapa taille L (les hommes aux grandes mains n’étant à priori pas censés faire la vaisselle, sexisme ordinaire selon Coco). Pour ma part, j’ai tout misé sur la théorie de la multiplication des couches : pourquoi racheter un énième kway gore tex à 200 euros qui va tenir 3 pluies alors que je peux juste racheter une veste premier prix chez décathlon et l’enfiler au dessus de mon ancienne ? Ca coûte drôlement moins cher et l’avantage c’est que quand l’une est complètement trempée, l’autre est presque sèche 😉 Même logique pour le duvet : plutôt que de m’en trimbaler un -15°C, j’en enfile un 15°C dans mon sac 5°C, pour l’instant ce principe de thermique élémentaire s’avère fort efficace !

Le nouveau catalogue automne 2026 est sorti !

Sur la route, nous croisons de très nombreux vans aménagés ou autres camping cars, pour la plupart loués à Reykjavik. Heureusement, la haute saison est passée. A en croire la taille de certains parkings, tout devait être sacrément busy il y a quelques semaines. En tout cas, à cette époque, la route 1 qui fait le tour de l’île est largement praticable en vélo. Étant donné les conditions, la neige sur les hauts plateaux et les passages à gué, nous ne quitterons la nationale qu’à de très rares occasions. L’avantage quand il n’y a qu’une seule route, c’est que nous croisons assez souvent les mêmes personnes, rencontrées sur les Féroé, le bateau ou les campings du soir. Comme par exemple Javier, ce motard espagnol fan de la ruta 40 argentine, ou encore David, un drôle d’intermittent du spectacle qui vit entre l’Ardèche et Reykjavik. Quand on le croise une nouvelle fois dans le Nord, il nous dit “oui, je vous ai revu sur la route, vous aviez un problème mécanique je crois, toutes les sacoches étaient par terre et vous dans le fossé… mais je ne me suis pas arrêté haha ! Par contre si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas à m’appeler !” MDR.

En effet, des problèmes mécaniques, on en a de nouveau pas mal : la tentative de changement de la chaîne turque est un échec total. Étant donné l’usure des plateaux on est obligés de remettre l’ancienne, les rayons de la roue arrière recommencent à péter et pour la 3ème fois du voyage, le pneu schwalbe marathon nous lâche en cours de route (il faut vraiment que je change de pneus pref’, c’est vraiment plus ce que c’était…). Une fois de plus mon plan de maintenance préventive se transforme en maintenance curative forcée… avec la fâcheuse tendance à arriver dans les pays avec la moins grande densité de magasins de vélos par kilomètre carré : 0,03 magasin de vélo par 1000 km2 en Islande contre 13 au Danemark où j’étais il y a à peine une semaine héhé !

Et encore une petite couture !

Mais il en faudrait plus pour empêcher Jérémy de continuer : en deux temps trois mouvements, notre équipe de choc remplace les rayons et recoud le pneu au fil épais. Une réparation qui durera 450 bornes (mon ami Erdinc d’Istambul m’a dit qu’avec du fil dentaire ça marchait mieux, pour ceux que ça intéresserait), juste le temps de trouver un pneu de secours dans la benne d’un magasin de vélo à Akureyri, la deuxième ville du pays, il est un peu craquelé mais ça fera l’affaire jusqu’à nouvelle ordre.

Pas toujours sûrs de la prononciation…

Dans la liste de nos copains, il y a aussi cet autre motard français qui le reste de l’année bosse sur un bateau spécialisé dans la pose de fibre au fin fond de l’océan. C’est l’occasion de lui poser plein de questions sur ces câbles transatlantiques assez fascinants. Il nous explique qu’ils sont parfois enfouis à des milliers de mètres de profondeur avec une machine et parfois juste posés et que son jobe à lui est justement de calculer la trajectoire du câble le temps qu’ils se pose lentement au fond. L’occasion aussi de s’intéresser de plus près aux limites de plaques tectoniques et de se rendre compte que non seulement elle passait au plein milieu de l’Islande (ça on le savait déjà, héhé), mais surtout qu’étant situé en plein dans la dorsale océanique, l’Islande s’agrandissait au fur et à mesure d’environ 2,5cm par an (et ça je l’ignorait !). Comme me l’avait fait remarquer mon amie Eleana, ce voyage c’est aussi un voyage au bord de la plaque, entre l’Algérie et l’Etna, à la frontière avec la plaque Africaine, le Mt Ararat, à la frontière avec la plaque Arabique et maintenant l’Islande, à la frontière avec la plaque Américaine.

Parfait pour cuire une grosse platrée de pâtes !

Cette grande activité volcanique façonne par endroits le paysage, comme dans les coins de Myvatn, situé directement sur la dorsale. Les coulées de lave sont tellement grandes qu’elles couvrent parfois des champs entiers, formant des paysages presque post-apocalyptiques. Ici, on dirait un immense parking d’asphalte défoncé, peut être pour empêcher les Roms de revenir s’installer, sauf que les Roms ici, ce sont tous ces campings cars de touristes, déso, je m’égare…

Encore un vieux parking défoncé

La chaleur s’en échappe sous forme de fumerolles, de bains bouillonnants ou de spa à touristes. Mais grâce à mon ami Ale (qui a vécu en Islande pendant deux ans) et à sa carte des meilleurs spots, nous nous mettons à la recherche d’un bain secret. A l’aide d’un point GPS approximatif (placé de tête grâce à ses souvenirs s’il y a 12 ans, balèze le cartographe !), nous remontons la faille pour trouver la fameuse corde qui nous permet de descendre dans une espèce de rivière souterraine à une 40 aine de degrés, magnifique récompense après une journée de vélo dans le froid.

De l’eau chaude, nous en trouvons également dans les piscines municipales. Comme au hammam en Tunisie, ici il n’y a que des locaux qui viennent passer leur dimanche aprem dans les bassins extérieurs chauffés. Pour à peine 10 euros, on alterne le jacuzzi à 42 et… les méga descentes en toboggans d’eau thermale. Certes, les autres adultes nous regardent un peu bizarre, mais quel plaisir de redécouvrir quelques heures nos âmes d’enfants 😉

Cette fois ci elle est bien froide l’eau !

Dans la série des contacts de contacts, nous rendons visite à Romane, la meilleure amie de la cousine de mes cousines (encore quelqu’un de très proche hihi). Elle s’est installée dans le Nord de l’Islande depuis 5 ans, après un stage d’observation des Baleines. Grâce à elle, nous embarquons gratuitement à bord d’un petit bateau pour aller observer de plus près ces grands cétacés. Quelle chance merveilleuse de pouvoir observer au moins trois baleines à bosse, les plus nombreuses dans la région. Ces individus font 10 à 12m, presque la taille du bateau, et nous sommes si près (voir trop près, selon le code de conduite…), que l’on appercoit leur grandes nageoires blanches quand on vogue à côté d’elles. Quelques expirations par l’un des deux évents et ça replonge élégamment vers les profondeurs. Présentes dans presque toutes les mers du monde, elles viennent ici pour se nourrir dans ces eaux froides, chargées en phytoplancton. Mais bientôt, elles repartiront vers des eaux plus chaudes pour passer l’hiver (faut pas déconner, même les baleines se les pèlent ici !). En une année, elles parcourront environ 45 000 km !!

Petit bateau pour aller observer les baleines

On pensait rester au moins une nuit chez Romane, mais demain ils annoncent de la neige et des vents à 100km/h. Nous nous motivons donc pour rentrer chez Joséphine de nuit pour retrouver une partie de nos affaires que nous avons laissées là. Joséphine, nous l’avons rencontrée dans un café, au carrefour entre deux routes, esseulé dans la steppe. Elle nous invite chez elle, 60km plus loin. Le soir, on cuisine ensemble et elle nous dit “je dois partir demain pour Reykjavik, mais faites comme chez vous, de toutes manières, je ne ferme jamais à clé”. Joséphine est allemande et elle travaille au parc national. Fluent en islandais, elle habite sur l’île depuis 7 ans, mais elle nous confie que ça ne l’a pourtant pas beaucoup aidée dans son intégration, “les islandais restent beaucoup entre eux, et fondent une famille très vite. La plupart de mes amis sont comme moi, des étrangers qui travaillent dans le tourisme”. En une soirée, nous nous trouvons même des amis en commun ! Grâce à Eleana, qui a également vécu en Islande, j’ai mis un pied dans la petite communauté des immigrés polonais 😉 Enfin petite, pas tant que ça ! Avec plus de 20 000 membres, la diaspora polonaise est la plus importante du pays. Sur les panneaux, c’est d’ailleurs souvent Islandais/Anglais /Polonais !

Avec Joséphine, notre ange gardien

Nous resterons finalement 3 jours chez Joséphine, pour laisser passer la tempête. Le dernier jour, nous sommes recrutés par Ella et les autres voisins pour… le tri annuel des moutons ! On pensait simplement avoir à les parquer dans un grand hangar, mais on ne savait pas vraiment à quoi s’attendre… C’est facile qu’ils nous disent, “tu rentres dans le parc, tu montes à califourchon sur un mouton, tu checkes le numéro dans son oreille, les 12 et les 13 vont par ici, les 4 par là, etc. Ensuite tu chopes le mouton par les cornes et tu essayes de l’emmener là où il faut”. Une activité parfaite pour une immersion complète dans l’univers islandais, mais j’avoue que trier des moutons stressés, c’est un peu mon max de végétarienne… Surtout en sachant que bon nombre d’entre eux finiront à l’abattoir dans quelques jours… Petits moutons, pardonnez-moi d’avoir moi aussi contribué à ce grand système oppressif… Pour Ella et les voisins, les moutons représentent juste un complément d’activité. Dommage que la laine ne soit pas plus exploitée, en isolation elle ferait des merveilles…

Opération tri des moutons !

Résultat, les jours suivants, j’ai mal aux bras et nos habits sentent le mouton à plein nez. Mais à priori, le week end a été funeste pour les moutons de l’île, et on en croise beaucoup moins dans les champs… Même si selon les stats, ils seraient deux fois plus nombreux que les islandais eux mêmes. Introduits sur l’île il y a plus de 1000 ans, ils auraient grignoté la quasi intégralité des forêts qui recouvraient alors près du tiers du territoire (difficile à imaginer aujourd’hui !). Enfin soyons honnêtes, ils étaient quand même aidés par les hommes qui coupaient le bois pour le chauffage et la construction des maisons et des bateaux. Les moutons se chargeaient ensuite de dévorer toutes les jeunes pousses et pfiou, en quelques générations, plus de forêt !

Rares moutons dans les champs après le week end noir

Côté faune, en plus des baleines, nous apercevons, comme aux Féroé, de très nombreuses oies sauvages, des fous de bassan, et des cygnes un peu chelous (les cygnes chanteurs), qui restent ici à l’année, motivés !


Les rivières abritent aussi les quelques très rares spécimens de saumons sauvage. L’occasion pour nous de compléter nos connaissances sur ce poisson, d’apprendre qu’à l’état sauvage, il n’y en a presque plus, et que non, de plonger à proximité des parcs d’aqua culture pour libérer tous les saumons enfermés, ça n’est pas une bonne idée… pour la simple et bonne raison qu’ils ne sont même pas compatibles sexuellement ! Les évasions de saumons d’élevage pendant les tempêtes ont d’ailleurs causé de gros dégâts, concurrençant les saumons sauvages et donnant naissance à des individus stériles, grrrrr, on est vraiment rendus loin dans le non-sens écologique…

Le 15 septembre, c’est la soutenance de thèse du frérot ! Encore une fois, je loupe un événement familial important… mais avec le lien teams, je mets le frérot dans le porte carte et je peux suivre en direct sur le vélo le ppt du frangin. Seule relève parmi les cousins de notre grande tradition de médecins Mercat, il jure un tas de trucs pour rentrer dans l’ordre des médecins et obtient même les félicitations du jury. Trop fière de toi BBW !

En ces temps frisquets et humides, tout abri se transforme en merveilleuse “salle hors sac”, dans notre bon vocabulaire savoyard. Que ce soit un dessous de pont, une station service qui nous propose un bon burger végé pour la modique somme de 28 balles (merci l’Islande !) ou encore cette petite cabane qui fume au loin et qui se trouve être… une station de pompage du réseau de chaleur local ! Un gros tuyau tout droit venu de la montagne, un circulateur, trois départs et même pas de retour eau froide ! Environ 10m3/h d’une eau à 100°C, soit environ 500kW, de quoi chauffer environ 70 maisons, facile l’Islande ! Le surplus de chaleur se mélange quant à lui dans la rivière en contrebas.

Salle hors sac chauffée par les tuyaux d’eau chaude

Une dizaine de kilomètres plus loin : Krosslaug, une petite piscine en pierre à 42°C. C’est ici qu’auraient été baptisés les premiers chrétiens de l’île aux environs de l’an 1000. L’histoire raconte qu’ils avaient la flemme de se tremper dans l’eau froide, héhé ! Malgré le panneau d’interdiction de se baigner, 4 touristes à la peau rougie par la température, barbottent à poil dans le bassin, bof bof.

Olaf, et dire qu’on est encore officiellement en été…

Ayant passé hier le point le plus au Nord Ouest du voyage, deuxième point le plus loin de la maison après le Mt Ararat, à quelques kilomètres du cercle polaire, je suis désormais officiellement sur le chemin du retour ! Arrivée au bercail prévue début novembre !

Allez, il est temps d’aller réveiller Coco qui ronfle, affalé en diagonale sur trois matelas du refuge dans lequel on s’est abrités pour le pic nic. Dehors il pleut encore, mais si on attend que ça s’arrête, on risque d’être coincés ici pour un moment !

Petit refuge bienvenu pour cyclistes refroidis

NB : finalement la pluie n’a jamais cessé et on n’est repartis du refuge que le lendemain matin !

Ce soir, même Jérémy a le droit a son écurie !

NB2 : en cette rentrée, je me dois de vous faire un petit point actualités (non exhaustives) des pays précédemment traversés :
Albanie : Les flamants roses ne lâchent rien et les Albanais continuent de se battre dans la rue contre les projets de Trump et de leur gouvernement corrompu
Turquie : Erdogan a récemment initié une grande campagne contre la communauté LGBT turque sous la banderole “protéger nos enfants et la famille”. Réseaux sociaux bloqués, associations démantelés, militants arrêtés… Alors même que l’homosexualité n’est pas (encore) interdite pénalement dans le pays. 20 ans d’Erdogan font vraiment mal pour les droits de tous, grrrrr.
Suède : les petites abeilles racistes de l’extrême droite n’ont finalement pas gagné les élections le week end dernier. Arrivées en 3ème position après la gauche en tête et la droite classique. Un beau retournement de situation, mais une alliance droite-extrême droite leur permettra néanmoins de faire passer plein de lois pourraves comme chez nous actuellement… (Décryptage by Lara Brouillet)


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