Après seulement une 40 aine de kilomètres au Danemark, je retrouve mon ami Corentin, Coco dans la suite de cet article. Quelques kilomètres, juste le temps de confirmer que les Danois ne sont pas du tout horrrrribles : impossible de payer la gaine de vitesse au premier magasin de vélo qui me prêtent graisse et outils, je repars même avec une chambre à air en cadeau !
Avec Coco, on se connait depuis une 12aine d’années déjà. Une amitié forgée à courir de nuit sous la pluie autour du parc de la Feyssine pendant nos dernières années d’INSA. Après quelques temps dans l’hydrogène, Coco se reconvertit dans le maraîchage bio (je l’avais pourtant prévenu que l’avenir c’était le biogaz, pas l’hydrogène…). Si vous venez à la teuf du retour du Tant d’Aime, vous aurez l’occasion de voir sa ferme, sur les hauteurs d’Albertville : 5 serres pleines de tomates, poivrons, aubergines, courgettes et autres légumes en tout genre, le reste en extérieur sur des planches de culture creusées dans la pentes, des centaines d’arbres fruitiers plantés dès son arrivée, une multitude de futurs sapins de Noël pour occuper les terrains à l’ombre, des canards mangeurs de limace, un atelier chicon dans la cave (à force, il a fini par les aimer !), et bientôt, en exclusivité, la relance de la production du salsifi français pour satisfaire la demande locale, l’étude de marché ayant recensé 1 consommatrice fidèle au Bourget du Lac : ma mère !

Après 6 ans d’un travail titanesque, ce mois de voyage sera ses premières vacances depuis longtemps et Jérémy et moi même sommes honorés qu’il ait choisi de les passer avec nous 💜 !
Comme en Suède avec Lara, le premier soir, nous squattons une jolie petite cabane en bois pas loin de la mer et à proximité d’Hirtshals, d’où partira notre bateau demain. Au vu de la quantité de vans, camping cars et motos stationnés dans la forêt, on est pas les seuls à se préparer pour le départ de demain !

Bien rangés ligne 39, sur le parking, au milieu des éoliennes qui tournent à vive allure, on est fin prets pour l’embarquement. Les sacoches sont pleines pour tenir les 37h de traversée vers les Féroé et il me reste encore 700 pages du bouquin suédois à terminer sur la liseuse. Obligés de prendre une cabine, on avait réservé une place en couchette non mixte, mais le bateau ne doit pas être plein parce qu’on nous a up-gradé dans une cabine privative.

Au max de ses capacités, le bateau peut accueillir 1500 personnes, 800 voitures et pas mal de fret. A l’aller, les calles sont pleines de vivres pour remplir les supermarchés islandais et féringiens, au retour, pleines de saumon et autres poissons exportés aux quatre coins du monde.
Cette partie fret est ce qui rend cette traversée en bateau un peu plus écologique, mais on ne va pas se le cacher, comme tous les gros ferry, le Norrona est plein d’espaces “loisir” à la bateau de croisière, qui ont le don de m’énerver fort fort. Du genre : un duty free proposant des macareux moines sous toutes les formes possibles et inimaginables, une petite salle de cinéma, des jacuzzis plein air et même une piscine sous marine, opportunité unique de nager à 35km/h au moins une fois dans sa vie !
Mais le plus triste dans tout ça, c’est que nous n’avons même pas eu l’occasion de profiter de tous ces merveilleux services : en fin de nuit, les vagues montent jusqu’à 5m de haut et ça remue pas mal dans les entrailles. Je tente quelques rares sorties sur le pont, mais malgré le hauteur des vagues, la mer n’a même pas l’air agitée, presque décevant. Pour autant, on garde nos provisions bien rangées dans les sacoches et on passe les 30 heures restantes allongés sur nos couchettes, la loupiotte allumée parce que sans hublot, impossible sinon de distinguer le jour de la nuit. Adieu lecture, je regarde Coco faire des aller-retours pour poser des galettes aux toilettes en essayant de ne pas flancher moi aussi. Les souvenirs de la transat reviennent avec un bateau et des vagues beaucoup plus petites. En tout cas, je comprends mieux pourquoi moins de voiliers tentent la traversée de l’Atlantique Nord.

Dans notre trajet vers l’Islande, nous décidons de nous arrêter quelques jours aux Féroé, un archipel d’îles, un peu paumées, à peu près équidistantes de l’Islande, de la Norvège et de l’Ecosse. 18 bouts de cailloux volcaniques détachés du Groenland avant même que l’Islande n’existe. D’abord peuplées par des moines Irlandais autour du 5ème siècle, à priori il ne reste plus que des moutons et des restes de bateaux quand les Vikings arrivent au début du dixième siècle, accompagnés par des femmes écossaises, pas forcément consentantes pour s’exiler ici.
Mais encore actuellement, trouver une meuf aux Féroé a l’air d’être compliqué… Il manquerait environ 2000 femmes (sur 55 000 habitants). Et oui, après leurs études à Copenhague, beaucoup de féroiennes décident d’y rester plutôt que de retourner dans une société encore décrite comme très patriarcale (ceci n’est pas une étude sociologique, 5 jours étant trop court pour me faire mon propre avis sur la question). Toujours est il que ce déficit est en parti compensé par une forte immigration de… femmes thailandaises et philippines, rencontrées sur les applis puis le bouche à oreille. Elles ne sont “que” 500, mais représentent déjà la plus grosse communauté d’immigrés sur les îles.

Officiellement, les îles font toujours partie du Royaume du Danemark (au même titre que le Groenland), mais ont leur propre gouvernement et ne font pas partie de l’UE. Par contre, tous les ans, le Danemark leur signe un gros chèque de 70 millions d’euros de subventions.
Quand on débarque, Lenni qui nous loge chez elle à Torshavn, la capitale, nous envoie un petit message : “ne venez pas tout de suite à la maison, profitez du soleil, c’est rare ici !”. En effet, on ne le reverra pas souvent…

Lenni est Berlinoise et vit à Torshavn depuis l’année dernière, Kristian, son copain danois et leur petite fille Tilde l’ont suivie pour quelques années, le temps qu’elle termine son PHD sur le phyto-plancton.
Après avoir beaucoup hésité, on décide finalement de faire le tour des îles en tandem et de s’arrêter par ci par là pour faire des balades à pied. Mais le lendemain, je vous avoue qu’il faut être sacrément motivés pour partir sous la pluie, 9°C mouillés. Ça nous entraînera pour l’Islande !

Ces quelques jours d’entraînement sont en effet tout à fait pertinents pour se rendre compte que le collant de Coco lache à la première utilisation, qu’il est encore moins bien équipé que moi, que les chaussures à câles, tout compte fait, c’est pas une bonne idée, que les sacoches sont bien trouées. Le temps aussi de mettre en place notre stratégie confort-thermique en multipliant les pauses habillage/déshabillage et éviter de se tremper par l’extérieur… ou l’intérieur ! La liste des éléments à racheter avant l’Islande s’allonge…


Le soir, on vise les campings, d’abord parce que le camping sauvage est théoriquement interdit sur les Féroé, mais aussi et surtout pour les salles hors-sac qui nous permettent de nous sécher et de passer la soirée au chaud, un luxe fort appréciable. Quelques surprises quand même d’arriver parfois détrempés devant des campings fermés le 31 août…

Dès que les conditions le permettent, on pose le tandem et on part crapahuter dans les montagnes. Le brouillard, quand il se dissipe, laisse apercevoir des paysages absolument grandioses. Des maisons aux toits poilus, des prairies verdoyantes où broutent des moutons frisés, des falaises abruptes qui se jettent dans la mer. Pour aller voir les spots les plus iconiques, les balades sont payantes (genre 27 euros par personne, avec terminal de paiement sans contact à l’entrée et portique à la sortie, dingo !). Vous vous en doutez, on n’a pas fait ça et on s’est retrouvés le plus souvent seuls. Même les macareux (ces oiseaux magnifiques au bec si coloré), ont quitté les falaises de l’archipel pour près de 8 mois de pleine mer. Mais les fous de bassan et les oies (pas les mêmes qu’en Suède), sont encore là, tout comme de très nombreux autres oiseaux qu’il nous faudrait prendre le temps d’identifier.


Pour ce qui est de la faune marine, les Féroé sont tristement célèbres pour ses “Grind”, de véritables massacres de dauphins et autres cétacés… en toute légalité. La seule île au monde qui autorise cette pratique épouvantable. Les images glaçantes de cadavres baignant dans une mer de sang font le tour du monde quelques fois par an. Autrefois pratiquée pour faire des réserves de viande pour l’année, avec un niveau de vie et des produits alimentaires importés de partout dans le monde, l’argument ne tient plus. De plus, la viande de dauphin est bourrée de mercure et de PCB. La pratique relève désormais plus d’un rituel de mec pour passer à l’âge adulte. Franchement les gars, pas étonnant que les meufs se barrent au Danemark ! En 2021, a eut lieu la plus grosse tuerie : 1428 dauphins sont rabattus puis égorgés sur la plage en une seule journée. Beaucoup trop pour la consommation des habitants qui viennent se servir en viande gratuite, une grande partie des dauphins finissent incinérés. En ce moment, c’est l’époque, mais heureusement on n’y assistera pas. Rien que de passer à côté de ces plages me donne la chair de poule.

Premier pilier de l’économie Féroienne : le saumon d’élevage. On croise les caractéristiques filets ronds dans tous les fjords dans lesquels on voit ces pauvres poissons migrateurs frétiller en rond. Pour avoir un ordre de grandeur, ils sont 100 000 dans un filet de 120m de diamètre, soit l’équivalent d’une baignoire par poisson. Ces élevages intensifs, en plus de la pollution liée à la concentration de déjections, favorisent l’apparition de parasites (notamment le pou) et de maladies qui se propagent dans le milieu naturel. Et pour les traiter ? Des antibio qui eux aussi se propagent dans le milieu naturel, au top. On continue : pour nourrir tous ces poissons carnivores, on pêche quantité de petits poissons qui peuvent venir des 4 coins du monde pour les transformer en farine. Bref, bref, bref, 2kg de saumon par français et par an, c’est sûr que c’est bon en papillote ou sur les tartines à Noël, j’en raffolais avant d’être végétarienne, mais est ce que ça vaut vraiment tout ça ?

Entre les îles, on prend le… tunnel ! En plus de tous les tunnels “classiques”, il y a 4 gros tunnels sous-marins. Deux d’entre eux sont accessibles à vélo. Longs de 5 et 6km, la première moitié en mode toboggan à 60 à l’heure pour atteindre -153m sous le niveau de la mer, puis la même chose en montée à perdre quelques points de vie en respirant une accumulation de gaz d’échappement. Point positif : en plus du côté ludique, ces tunnels nous permettent de sécher ! Un peu plus et on aurait tenté le pic-nic dans les sas d’urgence tellement on s’y sent bien !

Parce que bon, trouver un endroit pour manger au sec le midi relève du défi. Avec des vents à plus de 100 km/h assez fréquemment, 0 débord de toit, pas de banc dans les arrêts de bus, même les maisons de dieu sont fermées ! Un midi, on se cale dans un garage maritime pas encore terminé, à côté de la déchetterie. Les habitants du village défilent et s’arrêtent discuter, amusés “et oui, ici on a les 4 saisons en une journée !”. On sourit pour le principe, mais pour le moment, nous, l’été, on le cherche encore !

On l’attendait avec impatience : LA journée de beau temps prévue par la météo. Matin : brouillard, Midi : pluie jusqu’à 17h, Soirée : 14min de soleil voilé, mais qu’est ce qu’on l’apprécie !! “Tahiti mais sans les cocotiers” comme disait le mec du podcast, ça nous a bien fait rigolé ! Du coup, au bout d’un moment, on arrête de faire des plans et on décide de notre destination à chaque croisement.

Le lendemain, c’était prévu pour le coup, il pleut ! Mais on se motive quand même pour sortir #entrainementpourlislande. Le midi, on se câle sous le porche d’entrée d’un lycée. C’est dimanche et Sjúrdur Sólstein, le prof de charpente, est surpris de nous trouver là. On papotte et il nous fait visiter son beau lycée technique. Construction, restauration, les élèves viennent de toutes les îles. Beaucoup y logent à l’internat. Il a l’air content de répondre à toutes mes questions. Ici, les élèves apprennent le Féroien, le Danois, l’Anglais, l’Allemand et le Francais, balèze ! Il nous parle de la vie d’avant les tunnels et nous confirme aussi que jusqu’il y a peu, l’autre pilier de l’économie féroienne était… l’exportation de timbres de collection !

On devait rembarquer demain direction l’Islande, mais le ferry a pris du retard pour cause de tempête. On aura donc une journée de rab sur ces petites îles perdues. Avec un peu de chance on apercevra le soleil !

PS : Yesss ! Malgré la météo, on a même eu le droit à plusieurs heures de soleil (OMG !!). De retour à la capitale, Coco investi dans un pantalon ciré, des bottes de pêche et un manteau de ski, le voilà fin prêt à affronter la météo Islandaise !

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