24 heures après avoir laissé Catherine en gare d’Esbjerg, je retrouve Juliette, alias Roulietta, qui m’a fait l’honneur de poser ses tout derniers congés de l’année pour venir pédaler avec moi jusqu’à Hambourg.

Une heure, puis deux, puis trois, Roulietta a moins de chance avec les retards des trains allemands (il faut bien maintenir une certaine réputation tout de même !). 6 fois le temps de réparer les rayons cassés de la roue arrière qui commence à fatiguer. J’empoigne la cassette d’une main avec un gant, dans l’autre le démonte cassette et hop, je commence à maitriser le concept !

Nous arrivons donc de nuit dans notre cabane, au pied des éoliennes, entre la zone industrielle et la décharge, en se disant qu’il n’y a vraiment que les danois pour foutre une cabane là !

Le lendemain, nous pédalons entre la digue et la mer, en partageant la piste cyclable avec les moutons qui broutent en liberté entre deux satanés barrières qui nous obligent à descendre du tandem à chaque passage, mais qui leurs sont très utiles pour se gratter les fesses ! (On fait un goûter devant l’une d’entre elles et c’est un véritable défilé de moutons qui viennent se gratouiller le fiac)


Côté mer, les marais abritent des milliers d’oiseaux en résidence principale ou en airbnb. Des cormorans, des cygnes, des oies, des canards, etc. Roulietta, regrette ses jumelles, mais ça ne l’empêche pas d’avoir l’oeil aguerri de la bretonne habituée aux marais salés et qui de surcroit, profite de sa position à l’arrière du tandem pour observer la faune, sans se soucier de la direction. Alors quand elle me sort, “regarde le courli !” ou “oh un huitrier pie”, je suis encore un peu, mais quand elle me lâche “Et lui, là bas, c’est un Tadorne de Beulon !”, je capitule… mais qui connait le Tadorne de Beulon, wesh !

Après avoir longé la mer toute la journée, nous rejoignons la presque île de Rømø par une fine bande de terre à peine plus large que la route et longue de plus de 10km, “alors ça ce que tu décris, c’est un Isthme en fait, Maylis” (Roulietta est aussi très forte en noms de trucs géographiques improbables).

Depuis Rømø, on prend un petit bateau pour l’île de Sylt qui elle est officiellement du côté allemand de la carte (et oui, vous ne le saviez peut être pas, mais il y a plein d’îles en fait en Allemagne !). Étrange sensation d’être de retour dans la zone euro, la maison n’est plus très loin !

Sylt est beaucoup plus sauvage que ce que l’on pensait et c’est un plaisir de pédaler sur la piste cyclable qui déambule, loin des voitures, entre les dunes… qu’est ce qu’ils sont forts ces allemands ! Pour sortir de l’île, pas de route, juste une ligne de chemin de fer. On voit des wagons entiers de gens dans leur voitures, les voitures elles mêmes sur le train… qu’est ce qu’ils sont écolos ces allemands ! Et nous on n’a pas d’autre choix que de rentrer Jérem dans le train aussi, sous le regard courroucé des autres passagers… qu’est ce qu’ils sont rigides ces allemands !

Nous continuons notre route vers le Sud, dans la région des vaches les plus badasses du monde, j’ai nommée Schleswig-Holstein ! Enfin si tant est que badasse pour une vache, signifie d’avoir été sélectionné génétiquement pour produire quotidiennement 5 packs de lait (soit 30 litres pour ceux qui ne font jamais les courses !), pas sûre…

On pédale, on pédale, et tout d’un coup, on tombe nez à nez avec un immense canal que l’on n’avait même pas vu sur la carte. Des mégas paquebots chargés de containers défilent : c’est le Nord-Ostsee Kanal, qui connecte la mer Baltique à l’Atlantique, un raccourci de 450km… Et un méga pied de nez aux Danois ! Il aura fallu 9000 hommes et 8 ans de boulot pour achever ce travail colossal. Avec ses 120 bateaux quotidiens, c’est l’une des voies d’eaux artificielles les plus fréquentées au monde, loin devant Panama et Suez ! Pas de pont, il nous faudra le traverser à l’aide d’un bac.

Les jours sont de plus en plus courts et les nuits de plus en plus fraiches… Nous sommes donc contentes de dormir au chaud chez des warmshowers ou des amis ! A Elmshorn, surprise, ce sont Gesche et Ulli qui nous ouvrent leur porte. Quelle fierté de passer la soirée avec le premier couple de lesbiennes (un peu plus âgé que mes parents, selon mes calculs !), à s’être pacsé puis marié dans leur ville <3

Et puis notre équipée arrive à Hambourg, deuxième plus grosse ville d’Allemagne avec ses 1,9 millions d’habitants. Encore une fois, la diaspora polonaise nous accueille les bras grands ouverts. Bogusia, amie d’amie de la fille de la pote Basia, la mère d’Eleana (j’espère que vous suivez !) a commencé ses études ici… la semaine dernière ! Elle nous accompagne faire un tour en centre ville et dans le port, qui derrière Rotterdam et Anvers, se hisse sur le podium des plus grands ports Européens.

Nous accompagnons Roulietta jusqu’à son train de nuit qui la ramènera à Strasbourg. En espérant qu’elle dorme bien, parce qu’il y en qui bossent demain ! Pour ma part, je m’en vais inaugurer le canap de Bogusia. Demain, une longue journée m’attend aussi, puisque j’ai décidé de faire en deux jours ce que j’avais prévu en quatre, pour me libérer un week end et faire un petit aller retour express à Paris pour aller voir ma grand mère qui a 90 ans faisait encore ses courses à vélo, et dont je n’ai pas hâte d’hériter de la machine à tricoter (si si, à tricoter).
Le jour se lève à peine quand je pars d’Hambourg. Je traverse l’Elbe au moyen d’un ascenseur à vélo qui nous descend sous la rivière que nous traversons dans l’ancien tunnel routier, dingo !
Malgré le vent de face, c’est un plaisir de pédaler sous le soleil et les couleurs d’automne de la campagne allemande, en dévorant un à un les podcasts de la série Emotions. La nuit tombe et je termine à la frontale. 162km, ce sera le record de Jérémy, mais c’est finalement moins dur que de faire 40km en tirant un follow-me dans les côtes siciliennes !

Heureusement, là encore, de gentils warmshowers m’attendent, le repas est prêt, plus qu’à mettre les pieds sous la table, le summum du luxe. Fritjof et Bianca rentrent tout juste d’un voyage d’un an à vélo vers le Japon. Malgré leur grosse différence de niveau de vélo, ils ont réussi à faire un voyage ensemble, sans hésiter à se séparer quand leurs envies ou leurs capacités divergeaient. Comme quoi, même en voyage à vélo, se séparer pour mieux se retrouver peut être une bonne idée, pas besoin de faire la même chose tout le temps ! (Dit celle qui oblige ses potes à la suivre en tandem depuis 8 mois héhé).
Au retour du voyage, Fritjof s’est lancé dans la Transcontinental Race (TCR pour les intimes), un défi organisé tous les ans pour quelques fous dingo qui traversent l’Europe sur environ 4000km en autonomie. Un point de départ, un point d’arrivée qui changent tous les ans, quelques checks points et chacun trace sa route. Il a presque réussi à me convaincre, j’avoue, mais dès le lendemain, retour brutal à la raison “Bon Maylis, si après une journée de 160 bornes à peine, t’as à ce point mal au cul, faut être réaliste, t’es clairement pas u niveau pour en faire 12 à 300 !”

Toujours est-il que mal aux fesses ou pas, j’arrive dans les temps impartis pour mon bus Göttingen-Paris, parce que nous nous avons la Seineuhh et puis notre bois de Vincenneuhhh. Désolée, malgré les conseils de mon frère d’écouter La Compagnie Créole en cas de coups durs, c’est la chanson de ma chère Barbara qui tourne en boucle dans ma tête depuis 10 jours… Mais que les roseuhhhh sont belleuhhh à Göttingen, à Göttingen !
Jérem dort dans la cave de Jonna Marie, une autre gentille warmshoweuse qui me le garde jusqu’à lundi. Juste le temps de faire un bisous à ma mamie, de me faire gazer à Paris, et c’est reparti pour les 1000 derniers kilomètres !
Discover more from Tant d'aime
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
