A peine débarquée du train que nous nous donnons rendez vous avec mon ami Ale. Vous savez, le même Alejandro qui est venu m’accompagner en Espagne il y a deux mois. Le voilà de retour, apportant la preuve irréfutable que, malgré mes airs despotiques, je ne traumatise pas (trop) mes intérimaires !

Rendez vous, mais quel rendez vous ! Ale avait repéré que le Giro d’Italia allait passer ce jour-là, à quelques encablures de la gare à 14h27. Nous nous donnons donc rendez-vous à un point approximatif du tracé. Mon train arrivant un poil avant le sien, je pars en repérage. On s’attendait à une ambiance de Tour de France, mais visiblement, voir passer des mecs en cuissards à 50 à l’heure sur la voie rapide, ça n’intéresse pas trop les italiens, pas un chat. 14h25, toujours pas trace ni d’Ale, ni des coureurs. Et puis, en une minute, tout est fini, Alejandro arrive en courant avec un sac à cabas dans les bras et un gros sac à dos sur le dos, suivi par un bourdonnement de motos et de coureurs qui nous laissent seuls sous le soleil de la voie rapide sans avoir eu le temps de dire ouf !

Jean Claude, notre super warm shower vient ensuite nous récupérer à la gare suivante et nous passons l’après midi à bricoler dans son jardin. Le Tant d’aime est prêt pour repartir comme neuf dans le voyage et moi heureuse de retrouver un copain bon vivant, drôle et bien décidé à m’aider à me relever après cette étape pas facile qui m’a quand même mis un bon coup derrière le genou.

Le lendemain matin, je le vois qui remplis (un peu trop) silencieusement ses sacoches, louche… En m’approchant je vois un énorme carton qui prend la moitié de la sacoche. Voilà qu’Alejandro a trouvé que c’était une bonne idée d’acheter un ordinateur tout neuf en Suisse sur le chemin. Et moi qui fait des efforts pour me débrouiller avec 3 culottes et 3 T-shirts haha ! On fait à peine 200m et on se plante dans le bas côté, impossible de diriger le Tant d’aime avec autant de poids à l’avant et encore, on n’a pas encore de nourriture. D’un commun accord, on s’arrête au premier bureau de poste pour nous débarrasser de 5kg en trop.

J’avais peur du mois de mars dans la Vallée du Rhone, mais au final on essuie les plus grosses journées de pluie en traversant le parc naturel de Sila, réputé pour la présence importante de loups (spoiler alert, on aura vu des chevreuils, des sangliers et marcassins, des renards, mais des loups, pas un !). Il pleut juste assez pour confirmer que mes scarpa gore tex ne le sont que sur l’étiquette (au passage, je retiendrai que scarpas = chaussures en italien !) mais pas assez pour démotiver les troupes.

Le soir, on s’abrite dans une grande maison abandonnée (qui s’avère être une ancienne école de ski), un gite 5 étoiles pour une nuit sous la pluie, que seul un cycliste mouillé sait apprécier à sa juste valeur.

Le soir, on se réchauffe un peu auprès du feu de la maison de nos voisins Franck, Iliana, Katia… Et Thor, l’immense berger allemand, très grand mais un peu trop bête pour participer aux concours canins comme son prédécesseur. Cela dit, Thor est quand même bilingue allemand (langue plus directive pour s’adresser aux chiens, selon nos hôtes).

Pour nos repas, on entreprend un marathon de pates bizarres avec comme objectif d’en gouter le plus possible pendant notre séjour : orecchiete, torchiette, fusilli calabrese, gnocchetti sardi, cavatelli, maccheroncini, capelli, trofie, à chaque soir une variété différente.

De nouveau, on remercie la plateforme Warmshowers pour les belles rencontres, comme celle de Gennaro et ses parents dans leur ferme de San Demeterio. Au dîner, encore des pates différentes, leur huile d’olive, le vin de l’oncle, la ricotta de la voisine et de nombreuses spécialités de la région.

Gennaro a voyagé pendant plus de 6 ans à vélo, ses parents, au contraire, ne sont sortis qu’une seule fois d’Italie pour aller en Allemagne lors de leur voyage de noces. Un fossé générationnel important que Gennaro explique avec une pointe de tristesse dans la voix. “Tu vois le pont à l’entrée du village ? Il est abandonné depuis 20 ans. Ils voulaient faire une autoroute, au lieu de commencer par l’un des bouts, ils ont commencé au milieu, sur le terrain du maire, revendu une fortune pour le projet”. Résultat, tout l’argent du projet ont été absorbés dans la construction de deux tunnels et d’un pont qui défigure le village. La mafia est partout, se nourrit de la drogue et d’argent public par le biais d’entreprises écrans montées pour répondre à tel ou tel projet. En quelques générations, l’Italie du Sud n’a pas pris le même virage que l’Italie du Nord et les jeunes aspirent à partir pour ne revenir qu’en vacances.

Pour nous aussi, les vacances commencent avec le retour des beaux jours et l’on passe de la Calabre aux Pouilles (après un court passage par la province de Basilicata dont on ignorait jusqu’à l’existence !). Le long de la côte, on alterne petites routes et tronçons illégaux sur l’autoroute quand on n’a pas trop le choix. C’est justement au détour d’une sortie d’autoroute que l’on tombe par hasard sur Metaponto, petit village aujourd’hui mais méga ville dans la Grèce Anthique au 6ème siècle avant Jésus Christ. C’est avec un peu d’émotion que l’on déambule à travers les ruines du temple d’Héra dans lequel Pythagore aura enseigné jusqu’ à sa mort. Des centaines de générations marquées par ABˆ2 + BCˆ2 = ACˆ2, et dire que tout ca est né ici !

Dans les collines des Pouilles, on nous avait parlé des Trullis, de petites huttes en pierres sèches qui s’intègrent si bien dans ce paysage de champs, tous délimités par des murets de pierre. Quel travail de retirer toutes les pierres des champs pour les rendre cultivables et en faire ainsi des centaines et des centaines de kilomètres de mur. Avant de visiter Alberobello, considérée comme la capitale des Trullis puisqu’elle en compte plus de 2000, nous nous arrêtons par hasard dans la ferme de vaches laitières de Giovanni, qui en compte elle aussi quelques uns. Il est très fier de nous parler de l’histoire de sa ferme pluri-séculaire qu’il a réussi à racheter aux “patrons” qui la louaient à ses aïeux pendant des générations. “Ici ont été exécutés les derniers rebelles du sud lors du Risorgimento, qui prend fin avec l’unification de l’Italie en 1860. Les troupes de Garibaldi, aidées par Napoléon, ont ainsi fédérées les différentes provinces, duchés, royaumes qui composent le pays que l’on connait aujourd’hui, en échange de… La Savoie ! Comme quoi, on est quand même pas si loin de chez nous !

Après des retrouvailles avec le frère en gare de Monopoli, nous faisons les derniers coups de pédale vers Bari avec Lello, un ami de mon père de longue date. Ce soir, nous prendrons de nouveau le large en direction des côtes Albanaises !


Encore Grazie (avec un Z !) à Ale pour son énergie et sa bonne humeur communicative, pour ses talents de DJ et de cuistots, pour les descentes sous la pluie, les baignades à la plage et tous ces petits moments qui resteront dans mes souvenirs de ce grand voyage de l’amitié.
PS : rien à voir, mais je suis trop contente de vous partager que Sidahmed, le monsieur non-voyant avec qui j’avais pédalé en Algérie m’a contacté la semaine dernière pour que je l’aide à trouver un tandem sur le bon coin ! Le Tant d’aime fait des petits 🙂
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