C’est ambiance immeubles à pois bleus quand on débarque en Albanie après une nuit sur le ferry ! Cette nouvelle étape, je la partage avec mon frère Alexis, de deux ans mon cadet. On a fait le compte, même si on a pédalé des milliers de kilomètres en commun (de façon parfois plus ou moins consentie !) cela fait à peu près la moitié de notre vie que l’on n’a pas passé 15 jours ensemble !

Le temps de la traversée, il a préparé un petit carnet de traduction franco-albanais. Grand pro du stop, mon frère est également expert des phrases d’accroche qui brisent la glace et en deux jours, c’est sûr qu’il saura dire “non ce n’est pas un vélo électrique, vous avez vu la taille de mes mollets !”.

Passionné de plongée en apnée depuis qu’il a déménagé à Marseille, il embarque sur le Tant d’aime des éléments complètement hors-liste (mais précédemment approuvés) : avec ses paires de palmes, de masques et de tubas, son casque d’escalade, son hamac et son ukulélé, autant vous dire qu’il a le swag le frérot ! Heureusement, ils sont effectivement gros, ses mollets !

Bon, petit bémol quand même, confiants avec l’alphabet latin, nous n’avons pas pris le temps de vérifier la prononciation et on se heurte à beaucoup de regards dubitatifs face à notre accent. Je retiendrai quand même la traduction de fruits et légumes : fruta périmé ! Cela dit, je suis bluffée par la maitrise relative des langues, toutes générations confondues. Un peu d’italien dans le nord, un peu d’anglais dans le sud, avec quelques mots on arrive à se faire comprendre à peu près.

Et puis surprise, à notre arrivée dans le pays, on découvre (en tout cas moi !) que l’on n’a pas internet ! Déconnexion obligatoire. Quel plaisir de redécouvrir pour quelques jours cette époque où l’on ne savait pas si le prochain super marché ouvre le dimanche matin, ni s’il reste 378 ou 425 mètres de dénivelé ou si le vent cet aprem soufflera de face ou de côté. Fini les checks google street view de la route de demain ou le repérage des points de bivouacs sur google satellite. Qu’est ce que c’est bien… Et pourtant, à l’heure où je vous parle, bien sûr que j’ai réactivé la 4G ! Qu’est ce que l’on peut être incohérents ma parole…
Au fur et à mesure de notre avancée, on découvre un pays tout en contraste où les dernières calèches à cheval cotoient d’énormes SUV qui brillent de mille feu. Au sud de Durres, l’urbanisation s’étend de part et d’autre de la route sur des dizaines et des dizaines de kilomètres. Pas de doute, le m2 est moins cher que dans Paris 15ème, les maisons sont immenses et à priori, si à 40 ans tu n’as pas une baraque avec au moins deux étages et un escalier extérieur en colimasson, tu as raté ta vie ici !

C’est plat, on va vite et on a le temps de s’arrêter pas mal… Petite pause coca dans un bar avec une bande de jeunes qui ont bossé pendant 1 an à Chambé dans le bâtiment ou encore tournoi de dominos avec les petits vieux sur la place. Le soir, on quitte enfin la zone urbanisée et on fait notre premier bivouac Albanais dans un champ avec vue sur le monastère d’Apollonia.


On serait complètement passés à côté si Anila une amie albanaise rencontrée au début du voyage ne nous l’avait conseillé. A notre arrivée, le site est entièrement vide. On y découvre les ruines d’une immense cité fondée par les grecs en -600 AVJC et ensuite occupée par les romains avant de tomber dans l’oubli. Avec les pierres des temples grecs, fut ensuite construit un magnifique monastère byzantin au XIIIème siècle. Et pour finir de mélanger les époques, des dizaines de blockhaus ont été parachutés là et reliés par une série de galeries souterraines désormais peuplées de milliers de chauves souris.
L’Albanie restera aussi pour nous le pays des tortues ! Sur terre ou dans l’eau, on en croise plein ! Première expérimentation de la douche dans la rivière avec les tortues.

Pour avoir une vision encore meilleure de la fresque historique albanaise, ce petit pays d’à peine 2,5 millions d’habitants, avec son drapeau qui ressemble à un tatouage qui fait peur, a été sous occupation turque (ou ottomane pour ceux qui aiment la précision) jusqu’en 1912 ! Pendant cette période, beaucoup d’Albanais ont été forcés à se convertir à l’islam. Du coup, cohabitent dans le pays des chrétiens et des musulmans. Ce qui fait l’unité du pays c’est la langue, bien différente de toutes ses voisines. Vous l’aurez compris, fini le plat, on a commencé la montée et on a branché radio Tant d’aime sur “Autant en emporte l’histoire”, ça nous change des 9h de playlist de musique pop rock albanaise, haha !

Ça monte et pourtant, le frère en redemande… Le 3ème jour, il me convainc de me lever à 5h du matin pour aller marcher pendant 3h et admirer la vue au sommet de la péninsule de Karaburun, on enchaine ensuite une grosse matinée de vélo avec un beau col en lacet. A midi, natation pour atteindre les falaises et à 17h, on est repartis pour 30km de vélo et 900m de D+. Résultat des courses, les patins de freins sont encore plus cramés que nous et on est obligés de terminer à pied ! Soyons honnêtes, après les montées à 20%, les descentes ne sont pas plus soft. Les disques sont bouillants et l’eau de la gourde s’évapore instantanément quand j’essaie de les refroidir ! Après avoir monté le Tant d’aime au deuxième étage d’une maison abandonnée avec vue sur la mer, la petite bière est bien méritée !


Quel contraste entre les premiers jours et la côte au sud de Vlore. Ici tout le monde parie sur le tourisme. Il faut dire que la côte est juste splendide. Nouvelles routes, complexes hôteliers démentiels, tout est dimensionné pour recevoir l’intégralité des Ryanair de l’espace aérien… Mais bien souvent, on est seuls ou presque au milieu des plages aux mille parasols. Alors, en attendant, les vaches aussi en profitent !

Seuls, pas complètement… Je suis surprise par la quantité de cyclistes qui parcourent la route malgré sa difficulté, comme Michel, savoyard parti depuis un mois de Venise. Cycle Albania a aussi vu le marché et propose des locations de vélo et des tours organisés dans toutes les villes. Les hordes de 30 vélos électriques ne passent pas inaperçues.

On aurait bien aimé communiquer mieux et en apprendre un peu plus, mais ça y est, la frontière grecque se profile déjà. En tout cas, si l’on revient dans 10 ans, on ne le reconnaitra sûrement pas, ce petit pays en construction !

Discover more from Tant d'aime
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
