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Alexopoulos skylogladiatoris !

Alexopoulos skylogladiatoris !

Maintenant, c’est calée dans un petit resto dans une descente de col que je vous écris avec en fond sonore de la musique traditionnelle grecque que le serveur reprend en chantonnant.
Que de péripéties depuis le passage de la frontière, en commençant par les douaniers eux-mêmes : “Vous allez où ce soir ? A Zitsa ? Vous allez à la boulangerie alors !”. Nous sommes bluffés, comment un douanier peut-il savoir que nous allons justement chez Kostas, un warm shower qui tient la boulangerie de ce petit village à plus de 40km ?! Nous aurons vite la réponse en arrivant, mais en attendant, on se pose dans le petit resto de Maria pour laisser passer l’averse. Nous sommes les seuls clients et Maria est aux petits soins. “Je vais vous faire un cadeau !” dit-elle en courant vers son ordi pour nous mettre le must du must de la chanson romantique parisienne. Elle prend son mari par la main pour danser avec lui 30 secondes et s’arrête brusquement en rigolant “Bon c’est bon, c’est bon ça suffit !”. C’est sûr, on le sent, les grecs vont nous plaire !

Helena qui nous invite à un coca

En arrivant chez Kostas, nous sommes accueillis par 5 autres warmshowers ! Un couple de belges très sympathiques qui reviennent de 2 ans de voyage entre l’Europe et l’Asie et 3 jeunes grecs qui rentrent chez eux après leurs études en Angleterre. Kostas, le boulanger du village depuis près de 30 ans et sa femme Anna, une américaine rencontrée sur Couch surfing, accueillent les voyageurs de passage depuis plus de 16 ans et nous partageons, Alexis et moi le numéro 1742 ! Même si le compte n’est pas toujours fait très scrupuleusement, ça vous donne une idée !  Mes amis Chloé et Loïc y étaient d’ailleurs passés il y a 10 ans. Une nuit, deux, sept, quarante, s’arrêter chez Anna et Kostas en arrivant en Grèce est presque une étape obligatoire. Kostas le résume comme ça : la majorité sont des français, ingénieurs, de Grenoble. Et oui les petits potes, on est loin d’être originaux !!

Devant la boulangerie de Kostas

Pour accueillir tous ces cyclistes, Anna et Kostas ont mis à disposition leur sous-sol librairie qui sert de dortoir et une cuisine dédiée aux cyclistes. Au-delà de leur hospitalité, Anna et Kostas mettent également beaucoup d’énergie dans la vie du village qui ne ressemble pas à ses voisins. Tant et si bien qu’il y a même une liste de familles qui veulent s’y installer si des locations se libèrent !


On nous avait prévenu, les chiens grecs ne sont pas tendres envers les cyclistes et on s’était préparés. A la moindre suspicion, Alexis lâche les mains et dégaine son glaive (le bâton multifonction), le drapeau Albanais encore accroché dessus. Vous auriez vu notre fine équipe foncer sur ces molosses à vive allure, Alexis, le torse bombé en train de s’égosiller en envoyant valser le bâton à gauche à droite et moi focus, à mettre les watts pour nous sortir au plus vite de ce bourbier. On se félicite après avoir passé un premier gang de 5/6 molosses juste en sortant de Zitsa, on est vraiment trop forts. La joie fut de courte durée : en se retournant on aperçoit nos deux palmes, tombées malencontreusement pendant la bataille, qui gisent  lamentablement à 20m d’intervalle juste devant les petits toutous. On décide d’opter pour un retour à pied le plus discret possible en mode coucou c’est re-nous ! On s’en sort finalement, non sans peine, le baton étant quand même d’une grande aide.

Alexopoulos skylogladiatoris devant Achille, son mentor

Toute la journée on se fait attaquer et on rôde notre stratégie jusqu’à atteindre le paroxysme de la difficulté avec une meute d”une dizaine de clébards, tous énormes, en montée. Alexis est très impressionnant et sera renommé Alexopoulos skylogladiatoris (skylos = chien en grec) mais à chaque fois on termine ces combats avec le cœur à 250 battements par minute. Franchement, je ne sais pas ce que j’aurais fait toute seule, ni avec un petit Nino derrière sur une troisième roue… Flippant. Pour ajouter au cadre anxiogène de la situation, la montée n’en finit plus et chaque virage en dévoile un autre encore plus haut, le ciel est menaçant, la nuit tombe et on a juste le temps de s’abriter sous le toit de la providentielle patinoire de Metsovo avant que l’orage ne s’abatte sur nous.

Montée vers les Météores

Heureusement, la bienveillance des grecs est inversement proportionnelle à celle de ses chiens. Dans les villages tout le monde nous salue et à chaque pause, les grecs curieux nous tappent la causette. Impressionés par la volonté d’apprentissage d’Alexis, tous contribuent à l’ajout de quelques mots dans son précieux petit carnet qu’il a toujours sur lui. Ça fait très remarque de prof de grec ancien qui veut convaincre les petits 6ème (ou leurs parents !) du bien fondé de sa matière en décrépitude, mais c’est vrai que mine de rien, connaitre les “poly, adelphy, mégalo, mono, chrono, anthropo” et j’en passe, ça aide…


La descente vers les Météores se fait presque aussi lentement que la montée ! Et oui, depuis quelques jours, nous roulons avec deux énormes hernies sur le pneu arrière que nous avons passé à l’avant. J’ai bien tenté de les recoudre, mais le fil a été plus solide que le pneu. Nous abordons donc les descentes avec les mains vissées sur les freins, objectif, rejoindre Kalabaka sans que le pneu éclate. Soulagement en y arrivant après 5 jours passés à serrer les fesses (très bonne technique, bien que non prouvée scientifiquement, pour faire passer efficacement la diarrhée d’Alexis !). Mais tout de même, après des problèmes avec le pneu avant au départ, Schwalbe marathon continue de me décevoir… Vous me direz, ça m’apprendra à acheter des trucs moins chers sur le bon coin !

Couture en cours

En arrivant à Kalabaka, Annie, tout droit venue de Boston pour visiter la Grèce en tour opérateur nous offre son ticket repas, cadeau à point nommé pour deux cyclistes affamés <3
A Kalabaka, nous laissons les affaires dans un camping pour monter plus légers dans les Météores, ces formations géologiques d’une grande beauté où des moines grave déter ont décidé au XVème siècle de construire des monastères au sommet de ces pitons rocheux, sans escalier d’accès, juste à l’aide de poulies et d’échafaudages en bois. Le résultat est simplement grandiose et nous restons sans voix à les contempler sous tous les angles possibles.

Monastères des Météores

Après avoir bien crapahuté dans les montagnes Grecques, nous descendons dans la plaine d’où nous apercevons au loin le Mt Olympe qui culmine, enneigé, du haut de ses 2918m. Quel privilège de voir d’un seul balayement de regard la neige et la mer !


La plaine grecque, essentiellement connue pour ses cultures de coton est plate de chez plate et sans radio tant d’aime décédée prématurément il y a quelques jours au cours d’un podcast sur la crise grecque, on s’ennuierait presque un peu. Après avoir galéré à trouver des podcasts qui parlent d’autres choses que de la Grèce Antique (comme si il ne s’était rien passé ici depuis 2000 ans !), on a quand même pu en écouter quelques uns très intéressants pour mieux comprendre les difficultés économiques de ce petit pays qualifié de “non viable” dès son indépendance durement gagnée contre l’empire ottoman en 1829 et tout de suite placée sous tutelle anglaise, francaise et russe, puis allemande et américaine. Tant et si bien que les premiers rois grecs (imposés par les tuteurs) étaient prussiens et danois, vive la demos kratos. Depuis , la Grèce vit sous perfusions de pseudos “aides” extérieures avec des créanciers qui lui donnent gentiment une paille en lui enfonçant la tête sous l’eau. Il faut dire que, fin 19ème, quand l’économie d’un pays tient sur l’exportation de raisins secs vers l’Angleterre qui en importe un max pour faire des puddings… je n’ai pas fait Neoma Business School, mais je crois pouvoir dire qu’on est pas au summum de la stabilité financière !

La plaine grecque

Mais même les zones plates nous réservent des surprises… En traversant la petite ville de Palamas (5000 habitants, comme le Bourget, mais 18 cafés !), on est arrêtés par un mec en fourgonnette : “Hello, I’m Chris, come home !”. C’est Alexis qui capte le premier : “ce doit être le warm shower que tu as contacté il y a quelques jours et qui n’a jamais répondu !”. Bingo, nous passons une soirée mémorable chez Chris et sa femme Ovsana, originaire d’Arménie. Chris est propriétaire d’une fabrique de yaourts grecs (très bons !), il nous raconte la terrible innondation qui a sévi dans la région il y a 2 ans et qui a couté la vie à ses 50 vaches. “Nous avons eu 1m d’eau au rez de chaussée pendant plus d’un mois ! Heureusement, nous avons pu continuer à vivre à l’étage”. Ceux qui n’en avaient pas ainsi que les personnes sensibles, ont été évacués par hélicoptère.

Avec Chriss et Ovsana

Chris nous parle également de son pays dont le tiers des habitants vivent à Athènes. “Les athéniens sont faciles à repérer, ce sont les seuls qui se garent en dessous des nids de cigogne !” A l’heure qu’il est, Chris doit être en train de pédaler pour tenter de terminer son brevet de 1000km en moins de 75h et ainsi se qualifier pour la 4ème fois consécutive au Paris-Brest-Paris, motivé ! Après la consultation médicale d’Alexis qui essaye de convaincre Ovsana d’arrêter de fumer à grand coup de Google Traduction, nous continuons notre échange culturel le partage de la recette de la soupe au pistou qui a fait sensation !!
“Vous ne quitterez pas la région sans aller faire un petit coucou à Achille, originaire de la ville voisine et son armée de myrmidons” (myrmi = fourmi en grec), objectif rempli !

L’armée des myridons

C’est en pestant contre mapy.cz (application que j’aime beaucoup par ailleurs) qui nous a encore envoyé faire la tondeuse dans un petit chemin couvert de végétation, que nous faisons une rencontre incroyable, de celles dont on se souviendra pour toujours je crois. Du niveau de la chèvre à quatre pattes perchée sur le dos d’une âne que nous avons aperçue l’année dernière dans les coins de Montluçon avec mon autre frère Cyril dont vous allez entendre parler prochainement. Au milieu du chemin, on aperçoit une énorme tortue sur le dos avec un gros caca sur la carapace. Un autre animal a dû l’attaquer, la retourner et à défaut de réussir à la croquer, lui aura chié dessus de rage avant de s’en aller !


Nous lui filons un petit coup de main et la mettons à l’ombre. Au vu de la crotte toute sèche et du haut de sa carapace complètement poli, ça doit faire un moment que cette pauvre bestiole tente de se retourner. Elle met littéralement près de 30min à reprendre son souffle et ses esprits. Nous repartons, émus d’avoir sauver un animal potentiellement plus vieux que nous… (Si vous voulez la petite vidéo du sauvetage, envoyez-moi un message wssp !) Décidément, on ne se sera pas ennuyés tant que ça dans la zone la plus plate de Grèce !

Hector en train de se remettre de ses émotions

Le lendemain, en redémarrant notre route, on croise un méga crabe au bord du chemin. Comme le résume Alexis, c’est comme si quelqu’un laissait tomber ses cartes pokémon juste devant nous et on a la chance de croiser beaucoup plus d’animaux que ce que l’on aurait imaginé.

Encore un nouveau pokémon !

Au milieu du séjour, le frère soufle ses 31 bougies. Pas facile de faire des surprises en voyage à vélo. Pour rester dans le thème, j’arrive tout de même à lui concocter une petite tortue d’anniversaire et à lui trouver un bidon d’huile d’olive, ingrédient principal de son livre de recettes végan Végétalex. Une riche idée de Cyril qui parie sur le fait que son goût sera multiplié par xˆd, x étant la distance parcourue (en kilomètres) et d le dénivelé gravi (en mètres).

Tortue d’anniversaire !

Wok de légumes au lait de coco, burgers vegan et frites maisons, avec Alex, je rajoute des idées à mon futur livre de recettes au réchaud, un vrai régal à déguster avec ou sans frontale.

On est pas fâchés avec le bonheur

Nous continuons ensuite notre route, encore plus chargés, par l’île d’Eubée, deuxième plus grande des 1200 îles grecques (dont 166 habitées). A 40 mètres près, Eubée n’aurait d’ailleurs pas été une île, puisqu’un simple pont la sépare du continent. Nous la rejoignons en ferry par le Nord. C’est le matin, et on n’est tellement pas réveillés qu’on en oublie même de descendre haha. On se fait débarquer à l’arrache sur une plage, sous l’oeil amusé de l’équipage.

Ile d’Eubée

Il y a 5 ans, 50 000 hectares du Nord de l’île sont partis en fumée dans de terribles incendies, soit l’équivalent de 10 lacs  du Bourget quand même… La nature tarde un peu à reprendre ses droits.
Et puis bon, on ne trimbale quand même pas tout notre matos de plongée pour rien… On profite de beaux bivouacs à la plage et on plonge deux à trois fois par jour. Alexis continue mon initiation au monde sous marin de la méditéranée, un régal. Le maillot de bain a rarement le temps de sécher !


Et voilà, 1000km après avoir débarqué sur les côtes Albanaises, nous arrivons à Athènes par un dernier petit col d’où nous pouvons admirer la ville qui s’étale bien au delà de ses 7 collines. Ce soir nous allons chercher Cyril à la gare et nous passerons 2 jours tous les trois avant le passage de relais entre frérots. Quelle chance de pouvoir partager des moments aussi forts, même en temps qu’adultes avec ces deux grands bonhommes avec qui je partage la confiance et l’intolérance de ceux qui ce sont vus grandir.

Parthénon
Athènes, la ville aux 7 collines (en vrai on en a vu plus)


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