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La tournée des deuz’

La tournée des deuz’

C’est donc en gare de Debrecen, deuxième ville de Hongrie que je retrouve ma mère, alias la Mouteur dans la suite de cet article. Après deux longs voyages de plus d’un an (il y a quelques photos dans les autres onglets du blog si vous voulez), la Mouteur est de toute évidence l’intérim la plus expérimentée en termes de voyage en tandem. Voyager avec Jérémy sera de fait sa cinquième expérience. Avec un tel CV, elle aurait directement dû être promue “cadre sénior”, mais contre toutes attentes, elle se glisse comme un gant dans son rôle d’intérim, prête à se laisser guider ainsi qu’à déléguer toute prise de décision, bref, les vacances quoi !

Retrouvailles avec la Mouteur en gare de Debrecen

Le premier soir, nous sommes attendues chez Attila, un ami d’Elisabeta qui habite dans un immeuble tout à fait tandem-friendly, au vu de la taille de son ascenseur ! 

Ascenseur tandem-friendly

Comme mes hôtes rencontrés à Cluj, en Roumanie, Attila est roumain/magyar et parle donc hongrois couramment. Après avoir fait ses études en Hongrie, il y est revenu pour le boulot. Tout juste rentré d’une mission de comptage d’oiseaux dans le delta du Danube, Attila est définitivement meilleur dans son rôle de biologiste que de potentiel d’employé de l’Office de Tourisme. En quelques minutes, il nous convainc du peu d’intérêt de la ville et nous décidons de repartir dès le lendemain.

Avec Attila et sa chienne

Après Cluj et Debrecen, nous mettons le cap vers Kosice et Cracovie, dans notre tournée thématique “à la découverte des deuxièmes villes des pays d’Europe de l’Est”. Mais la Mouteur a ramené la canicule avec elle et il fait chaud, très chaud pendant près d’une semaine d’affilée. Si chaud que les gourdes sont, après une heure, à une température de 37°C, I-dé-al pour l’hydratation dit-on !

Siestes salvatrices

Grâce à radio-tandem, nous sommes devenues incollables sur l’audio-visuel public en Hongrie et en Slovaquie. Comment prendre le contrôle de tous les médias au service du camp présidentiel pour contrôler la population, j’ai comme qui dirait l’impression que Bolloré a déjà écouté le début de ces podcasts… Si la fin de l’aire Victor Orban, qui a perdu les élections il y a quelques mois, donne un petit vent d’espoir démocratique en Hongrie, en Slovaquie le journal d’infos de la seule télé autorisée a été rebaptisé “Journal des bonnes nouvelles”, vantant les bienfaits des mesures prises par le gouvernement.

Kosice

En quelques jours seulement, nous traversons la Slovaquie, séparée de sa voisine la République Tchèque depuis tout juste un tiers de siècle. Les élites d’alors, décident de séparer les deux pays aux langues pourtant si proches, sans en demander l’avis de la population, c’est le divorce de velours.


De ce petit pays de 5,5 millions d’habitants, nous retiendrons les belles forêts et les châteaux médiévaux, ainsi que l’étonnante rencontre avec Melina et sa famille. Nous sommes dans une ancienne ville industrielle perdue au milieu des forêts. La cheminée de l’usine de sidérurgie, haute de plusieurs centaines de mètres, surplombe la vallée. La ligne de chemin de fer s’y arrête, avant de continuer son chemin vers la République Tchèque et l’Autriche. Aux abords de la ville, s’étendent ça et là des quartiers entiers faits de bric et de broc. Le ciel est noir et signe peut être la fin de la canicule. Alors que je suis occupée à tourner en rond autour du parking pour faire essayer le tandem à toute une troupe d’enfants roms en attendant la Mouteur qui fait des courses, Melina, son mari Milton (dont j’ai modifié les noms), accompagnés de leur fils, m’abordent en anglais. Lui est américano-mexicain et on passe directement à l’Espagnol. La pluie se met à tomber dru, les enfants à demander de l’argent et quand la Mouteur sort du magasin avec les victuailles, le couple nous invite à les suivre chez eux.


Je ne m’attendais pas à passer la soirée à discuter avec un ex-soldat américain, parti au front pour venger son frère, tombé en Afghanistan. Ému de pouvoir parler avec moi dans sa langue maternelle qu’il n’a pas utilisée depuis si longtemps, Milton me partage sa vie hors du commun. “A la première mission, je me suis rendu compte que m’engager était une grosse connerie”. 42 missions et des années plus tard, il voit enfin le bout du tunnel après avoir aprement négocié sa retraite anticipée, “avec mon fils, je ne voulais pas retourner à la guerre”. Lui en France, elle en République Tchèque, il rencontre Mélina sur une appli et ils se retrouvent pour la première fois à Berlin en plein covid. Après avoir séjourné dans plus de 92 pays, le voilà qui pose donc ses valises dans une des villes les plus malfamée de Slovaquie (selon leurs mots), tout ça parce que la belle-mère a acheté l’appart sans venir visiter. En face de la gare et pas cher, pas cher !

Entre les arbres, nous appercevons les belles Tatras

Le lendemain, c’est presque sans nous en rendre compte que nous passons en Pologne par la belle piste cyclable qui longe le Dunajec. Les bateaux de rafting en bois descendent les touristes entre les deux pays.
En tout cas, le passage dans ce troisième pays en une semaine n’arrange pas du tout nos affaires en termes de lecture : selon nos calculs, nous aurions dû lire aux alentours de 4 pages par kilomètres pour venir à bout, en temps et en heure, des livres Hongrois et Slovaques offerts par la Mouteur sur la liseuse. Nous accumulons donc un retard conséquent.

Rafting à la frontière polono-slovaque

En grande stratège, j’ai pris il y a quelques mois un abonnement “famille” à Duolingo, en invitant tous mes intérims à apprendre la langue du pays dans lequel ils allaient voyager (cette stratégie me permettant de concentrer tous mes efforts sur le Turc). Si la prestation de Marion en Roumain a été tout à fait impressionnante, la Mouteur a catégoriquement refusé d’apprendre à dire “La Girafe mange de carottes” en Polonais. Nous nous contenterons donc de grands sourires, pas toujours efficaces pour briser la glace.

A Cracovie, nous nous arrêtons une journée et demie pour visiter cette deuxième ville de Pologne et ancienne capitale du Royaume. Lors de son apogée dans les années 1600, le Royaume de Pologne/Lithuanie a même été le plus grand Royaume d’Europe ! Les rois y étaient “élus” par de très privilégiés citoyens, que des mecs bien sûr, faudrait pas abuser, qui choisissaient parmi plusieurs candidats issus des différentes familles royales européennes. Après un terrible incendie au château, le roi Zygmunt III transfère la capitale à Varsovie, moins peuplée mais plus centrale. Mais à peine 50 ans plus tard, les Suédois envahissent la Pologne et cette dernière disparaît des cartes jusqu’à la fin de la première guerre mondiale, grignotée par les Empires Russes, Prussien et Austro Hongrois.

Halle du marché des tissus
Château du Wawel

Cracovie est une ville magnifique, mais l’on ne peut oublier son triste passé récent. Comme dans les autres villes de Pologne, pendant la seconde guerre mondiale, les juifs de la ville et des environs ont été parqués dans un “Guetto” avant d’être très massivement exterminés. La présence d’Auschwitz à 40km de la ville en témoigne (même si les juifs de Cracovie étaient envoyés plus loin). Avant la guerre, les juifs représentaient près d’un quart de la population de la ville (et jusqu’à 70% dans certains villages). Sur les 6 millions de juifs assassinés pendant la Shoah, près de 2,6 millions étaient Polonais. Les chiffres sont glaçants, mais si vous voulez en savoir plus, je vous conseille “La Liste de Schindler”, fiction qui retrace la “vie” dans le guetto de Cracovie.

Les belles statues en équilibre du pont Bernatek

Nous continuons notre route vers la capitale dans une région située entre la Vistule d’un côté, (Vistule qui m’accopagnera d’ailleurs jusqu’à la mer Baltique) et la S7 de l’autre, dont le contesté agrandissement, à l’image de notre A69 nationale, fait fleurir des panneaux dans toute la campagne.
La campagne, elle, est faite de champs de maïs et de tournesol, mais aussi de produits plus locaux comme  en témoignent les hectares de choux, de cornichons ou… de myrtilles ! Le tout parsemé de petits villages dont tous les noms ressemblent à des codes wifi du genre Wiłrzychowice, Zdziechowice ou encore Strzyżewski (les Polonais n’ont sûrement pas la même difficulté que nous à placer les Y, les W et les Z au scrabble…).

Pause providentielle

Nous poursuivons notre immersion Polonaise en podcasts avec pour thèmes “Le féminisme en Pologne” ou comment la Pologne post soviétique a gagné sa liberté au détriment du féminisme. Intéressante perspective sur la place de l’église en Pologne, son aide dans la lutte contre le communisme… et les récentes proposition d’abolir complètement le droit à l’avortement, déjà possible seulement dans certains cas précis. Autre thématique passionnante, pour compléter nos acquis sur la Pologne pendant la seconde guerre mondiale, occupée d’une côté par le régime nazi et de l’autre par l’URSS dès septembre 1939 suite au pacte germano-soviétique. En plus des presque 3 millions de juifs polonais tués pendant la guerre, ce sont 3 autres millions de polonais dont une écrasante majorité de civils qui viennent s’ajouter à la liste des victimes représentant plus de 18% de la population nationale.

Mémorial sur la résistance polonaise

Un soir, nous plantons la tente dans un petit bois, avant d’être réveillées à 22h30 par 3 appels de sirène du genre alerte générale, suivis de près par celles des pompiers et de la police. Après les grands titres des incendies en Gironde, on ne fait pas les malignes… Bercées par la musique de la fête que l’on entendait plus tôt, on fini par se rendormir sans bouchons d’oreille, on ne sait jamais ! Spoiler alert : on n’a pas crâmé.

Camping dans les sous bois

Le lendemain, impossible de trouver où planter entre les champs. Après plusieurs essais infructueux, on finit par demander à poser la tente dans le jardin d’une maison en construction. Après nous avoir regardées avec curiosité pendant une heure, les enfants viennent nous parler à l’aide d’une très performante appli de traduction. Puis c’est au tour de la mamie de s’approcher, “Vous ne voulez pas un petit chat ?”, échange de regards dubitatifs avec la Mouteur, “Si si, un petit chat tout doux, pour la nuit !”. “Vous parlez vraiment d’un petit chat ?”. Éclats de rire générals “Non non, d’un plaid, il peut faire froid cette nuit”. Les applis de traduction nous réservent toujours quelques surprises…


Heureusement pour nous, le canon censé dissuader les oiseaux d’aller becqueter les myrtilles du champs d’à côté et qui nous fait sursauter toutes les 3 minutes 7 secondes, s’arrête ponctuellement à 22h. Mais ce fameux spot de camping nous réserve d’autres surprises… Mais où est donc passée ma culotte de règles que j’avais accrochée au guidon pour la laver le lendemain ?! Serait-ce ce petit toutou venu aboyé gentiment à côté de la tente à 6h ce matin, (à peu près au même moment que le canon à oiseaux a repris du service) ? Impossible de mettre la main sur le coupable, ni sur ma culotte, promue meilleur doudou de l’année ! Comme dirait la Mouteur, heureusement qu’il n’y a pas d’ours ici !

Complètement dans les choux !

Grâce à Warmshowers, nous faisons la connaissance de Damian, un cycliste d’à peu près mon âge. La moitié de l’année, il travaille en Allemagne pour faire des inventaires dans des supermarchés. L’autre moitié, il construit son appart, bricole… et voyage à vélo ! “Quand j’ai commencé, la différence de salaire était très importante, mais maintenant, elle s’est bien réduite, grâce aux avancées économiques de la Pologne”. Cela se ressent dans la qualité des équipements publics, des parcs, de la beauté des centres villes, mais aussi… des aménagements cyclables qui n’ont rien à envier à d’autres pays plus à l’ouest.

Avec Damian

Et voilà, au terme de 10 jours de pédalage avec la Mouteur (la seule intérim qui, à peine arrivée, lave l’intégralité de ma vaisselle, me coupe les cheveux, me gonfle mon matelas et déplie mon sac de couchage tous les soir), entre boutades et souvenirs, nous arrivons à Varsovie. Là encore, nous complétons nos connaissances historiques (dont nous aurons sûrement oublié 85% du contenu dans à peine 1 mois… Mais qui avec un peu de chance nous servirons à répondre à une ou deux questions bleues du jeu des 1000 euros !) par une visite guidée de la ville. Mais cette fois-ci, Jérémy insiste pour nous accompagner, au plus grand bonheur du guide lui-même !

Notre guide, très heureux de faire découvrir la ville à Jérémy

Varsovie est tristement surnommée “La ville Phoenix”. En effet, au sortir de la seconde guerre mondiale, 85% des bâtiments sont détruits. Sous occupation de l’URSS qui, comme dirait le guide “Nous a si bien libéré que ça a duré 45 ans !”, la ville doit renaître de ses cendres. Certains quartiers, comme le centre ville, sont reconstruits en quelques années presque à l’identique, tandis que d’autres bâtiments comme le château royal seront reconstruits beaucoup plus tard (le communisme et la royauté ça fait deux…), ou encore le palais Saxon qui abrite la tombe du soldat inconnu et qui vient tout juste de faire l’objet d’un concours d’architecte en vu de sa prochaine reconstruction.

Centre ville de Varsovie

En tout cas, loin des autres villes maltraitées par la guerre que j’ai pu visiter, la ville de Chopin et de Marie Skłodowska Curie (ne surtout pas oublier Skłodowska ici !) est superbe. Les “trous” ont été remplacés par des parcs urbains et il est difficile d’imaginer au premier regard le champ de ruine d’après guerre.

Varsovie, entre passé et modernité

Mais, après avoir testé presque tous les Pierogis végétariens (sortes de raviolis polonais), la Mouteur m’abandonne et repartira demain en train, prête pour la dernière rentrée de sa vie !

Pierogis Ruskie !

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